Théâtre

L’onirisme sombre et cruel du Théâtre du monde

07 janvier 2010 | PAR Christophe Candoni

La Vie est un songe, somptueuse pièce écrite en 1635 par Pedro Caldèron de le Barqua interroge la frontière entre illusion, rêve et réalité, une thématique riche qu’on trouve également dans le théâtre Shakespearien. Actuellement au Théâtre 13, William Mesguich assure la mise en scène de ce chef-d’œuvre métaphysique et baroque en s’offrant pas moins que le rôle principal et s’entoure d’une jeune troupe enthousiaste mais inégale. Cette pièce qui s’inscrit dans « l’âge d’or du théâtre espagnol » (XVII siècle) est ici retraduite, modernisée et raisonne fortement encore aujourd’hui car elle parvient à faire écho à nos sociétés actuelles.

William Mesguich joue Sigismond, un jeune homme enfermé par son père Basyle (Zbigniew Horoks) dès sa naissance pour échapper aux funestes conséquences que présageait son arrivée au monde : Sigismond renversera son père le roi et le tuera. Ces longs antécédents sont exposés d’une manière efficace par la vidéo. De plus, l’isolement forcé du fils est matérialisé sur le plateau par une haute cabine en plexiglas, dans laquelle le jeune garçon, prisonnier et cobaye dans sa cage de verre tel un rat de laboratoire, apparaît sous les traits d’un enfant en habits d’écolier modèle (un petit costume marin, une culotte courte et de longues chaussettes) comme s’il avait été empêché de grandir par cet emprisonnement cruel. D’ailleurs, à 38 ans, l’acteur sait jouer de son allure toujours juvénile tout en étant capable aussi par moment d’aller vers la fureur, lorsque le personnage découvre la vie en exerçant toutes les formes de tyrannie. Cependant, il lui manque des ruptures et un jeu physiquement plus engagé. Fort d’une bonne technique et d’un jeu sincère, il a tendance à rester peu expressif et parfois déclamatoire.

Mention Philippe Chardon
Mention Philippe Chardon

En tant que metteur en scène, William Mesguich dit s’intéresser au « rapport à l’enfermement et à l’aliénation » et c’est sans doute l’idée la plus percutante du spectacle. On voit un univers de paillettes, de music-hall, teinté de magie, plein de couleurs (notamment dans les costumes très mélangés d’Alice Touvet et les maquillages de Dominique Piez, pas toujours de bon goût). Ce monde d’apparat en cache un autre plus cruel, une cour où tout est épié à l’aide de caméras de surveillance et de quatre écrans de télévisions présents sur scène.

Le problème est que l’atmosphère onirique est soulignée avec lourdeur ; le plateau est perpétuellement baigné de fumée brumeuse et les lumières obscures de François Marsollier (qui réalise aussi le décor) font qu’on n’y voit pas grand-chose. De la même manière, la bande-son est omniprésente et les sonorités « science-fiction » sont trop appuyées. Du côté des acteurs, Alain Carbonnel est pénible dans Clairon, le clown asexué et gothique, trop dans la dérision mais on apprécie Matthieu Crucciani (Astolphe), Rebecca Stella (Etoile) et Sophie Carrier en Rosaura qui imposent du caractère, pimentent une interprétation de manière générale un peu lisse et relèvent la pièce qui souffre de problèmes de rythme. En effet, c’était un peu lent le soir de la première et cela bougera sûrement.

La Vie est un songe, du 5 janvier au 14 février 2010, mardi, mercredi, vendredi à 20h30, jeudi et samedi à 19h30 et dimanche à 15h30. Théâtre 13, 103 boulevard Auguste Blanqui 75013 Paris. Métro Glacière (ligne 6). 01 45 88 62 22.

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Laura Smet
Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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