Théâtre

L’Epreuve de Marivaux, l’évident plaisir du jeu

15 septembre 2010 | PAR Christophe Candoni

L’aventure a commencé pour Sophie Lecarpentier et la Compagnie Eulalie avec un premier spectacle « Le jour de l’italienne » donné plus de 150 fois depuis 2006 dans plusieurs salles à Paris et Avignon et qui remporta un immense succès. On y découvrait la géniale troupe de comédiens en train de répéter L’Epreuve de Marivaux. Le deuxième spectacle que l’on peut voir jusqu’au 17 octobre 2010 au Théâtre 13 est à la fois une nouvelle mouture de leur création écourtée et l’aboutissement tant attendu du travail accompli sur la pièce en un acte du plus grand dramaturge du XVIIIe siècle. L’idée est originale, réjouissante, la première partie éclairant la seconde.

En tenues décontractées, les acteurs entrent sur le plateau nu, l’espace encore vierge, non éprouvé, aux cintres et cordes apparents, où tout reste à advenir. Ils s’attablent cérémonieusement autour de la maquette du décor, la metteuse en scène a déposée les brochures. C’est la première lecture. On entend la bande originale de « La Nuit américaine », un acteur s’amuse avec la fameuse réplique « plus vite la dame au petit chien ! », deux jolis clins d’œil à Truffaut qui a réussi à mettre superbement en images la fabrication d’un film. Le projet de la compagnie Eulalie est similaire mais pour le théâtre. Nous assistons donc au processus de création d’un spectacle, en version accélérée, des répétitions jusqu’à la générale : les longues discussions apparemment fastidieuses mais qui nourrissent le jeu des acteurs, les nombreuses propositions plus ou moins heureuses mais si importantes pour la construction du jeu – le théâtre est l’art de la tentative – et tout cela sous le regard bienveillant de la metteuse en scène Sophie Lecarpentier qui est dans la salle.

L’essayage des costumes et les protestations qui vont avec, le montage du décor et les problèmes techniques, les italiennes, les notes…. Tout y passe avec humour, y compris lorsque les acteurs égratignent avec autodérision leur égo en prenant la parole en aparté dans un micro pour parler de leur personnage (« le plus important de la pièce, le plus beau…), l’idée est excellente. La bonne humeur laisse parfois place au doute, à l’angoisse, on voit très justement la fragilité de l’acteur qui cherche son personnage et les rapports tendus entre les personnes à l’approche de la première. Pourtant, l’appétit de jouer et l’amour du théâtre ne sont jamais ébranlés.

Puis, la troupe se lance et joue l’Epreuve de Marivaux. L’exercice est périlleux et courageux car le prologue à fait naître tellement d’espoir et d’envie chez le spectateur qui s’est déjà imaginé la représentation avant même que celle-ci débute. Tout en gardant la folle énergie et la jouissance du plateau dont l’équipe faisait preuve jusque là, celle-ci propose une lecture vive et particulièrement intelligente de la pièce. Les acteurs sont tous formidables (surtout Stéphane Brel dans Frontin, Julien Saada dans Blaise et Vanessa Koutseff dans Angélique). On admire leur rapport concret et moderne au texte et à la langue, tout comme le parfait équilibre entre la gaieté et la profondeur pour décrire le petit jeu cruel qui se trame avec les sentiments. Jusqu’à la fin pendant laquelle les corps s’écroulent abattus sur le mur du fond alors que les fleurs déchirées sont éparpillées sur la scène nuitée, toute la cruauté et la désillusion de Marivaux sont là.

Photo, Mention Solveig Maupu

Bande annonce du spectacle ici

L’Epreuve, jusqu’au 17 octobre 2010. Mardi, mercredi, vendredi à 20h30, jeudi et samedi à 19h30, dimanche à 15h30. Au Théâtre 13, 103A boulevard Auguste Blanqui, 13 arr. M°Glacière.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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