Théâtre
Kooijman. : une petite soirée entre amis

Kooijman. : une petite soirée entre amis

31 mars 2012 | PAR La Rédaction

A l’occasion du Festival Etrange Cargo, Theo Kooijman présente sa performance « kooijman. » les 30 et 31 mars à la Ménagerie de verre. Cette performance avait déjà été proposée au public en mars 2008 à Paris à Lelabo dans le cadre de « Feuilleton pour un artiste n°6 : Alain Michard » et en octobre 2008 à Marseille dans le cadre du festival actOral/Marseille Objectif Danse. Peintre, graveur et danseur de formation, Theo Kooijman ne met en scène ici aucun de ces talents artistiques. C’est davantage du photographe qu’il est question. Non pas du photographe artiste mais de l’homme, qui frénétiquement, s’empare d’un fragment de vie.

Le public est invité à prendre place sur des banquettes, ou quelques autres chaises ou plots. Certains s’installent à leur aise, s’allongent, ôtent leurs chaussures. Tel un hôte, Theo Kooijman nous demande si la musique nous convient, si elle nous est familière. Aucun spectacle n’aura lieu, c’est bien à une soirée entre amis que nous sommes conviés. Il nous parle de ses photographies, de ces négatifs jamais développés, qui ne sont autres que des autoportraits, et nous fait part de son souhait de les détruire avec nous. Il se met à l’ouvrage, installe un réchaud, et nous informe de la situation des différentes sorties de secours. Pourtant, aucun négatif ne sera détruit. Au contraire, Kooijman les projette sur un mur blanc et nous en fait le récit.
Entre chaque parole, le clic du retardateur résonne pour s’emparer une fois de plus de Theo Kooijman. La photographie s’empare de l’être et l’identité se morcelle. Si Theo Kooijman n’est pas l’acteur d’un spectacle, il est l’acteur de sa vie. Changeant tour à tour de vêtement, passant du rire aux larmes, l’homme n’est plus qu’un fragment de lui-même. L’homme présent n’est déjà plus le même l’instant d’après. S’adossant au mur afin de ne former qu’un avec le négatif, il s’interroge sur la possibilité d’obtenir du neutre par la superposition du positif et du négatif. Il réitère finalement cette même expérience avant de nous quitter, pour ne constater que l’apparition d’une image blanche. Dans cette crise identitaire, le vide s’impose. Theo Kooijman, comme le spectateur, ignorent ce qu’il convient de déduire de cette pile de négatifs de laquelle il ne résulte finalement rien. L’image absente de Theo Kooijman révèlerait ainsi l’impossibilité de saisir la complexité même de l’être.

Si le propos semblait pessimiste, Theo Kooijman le traite avec une certaine légèreté. Il n’est pas tant question de détruire, ou de percer le mystère de ces négatifs, mais bien davantage d’en extraire du positif. Theo Kooijman sublime ainsi des petits instants de vie, tel que le plaisir de délecter une soupe agrémentée d’un bouillon  cube. Non sans ironie, il fait la liste des personnes connues de Hollande, pour admettre qu’elles ne bénéficient que d’une reconnaissance nationale. Il nous dépeint son frère s’empressant de rejoindre le groupe familial, après avoir enclenché le retardateur. Theo Kooijman transporte ainsi le spectateur dans un univers empreint de poésie et de fraîcheur. Les timides applaudissements laissent place aux sourires réjouis. La réception est à la hauteur de la simplicité du spectacle, qui, sans prétention, nous convie à une agréable soirée entre amis. Le titre « kooijman. », révélait déjà que derrière ce point, l’homme se dévoilerait « ni plus ni moins que ce qu’il est ».

Crédit photo : © Marc Domage

Diane Zorzi

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