Performance
L’exploration de la Ménagerie de verre avec « Un spectacle »

L’exploration de la Ménagerie de verre avec « Un spectacle »

02 novembre 2022 | PAR Margot Wallemme

Le Festival Inaccoutumés de la Ménagerie de verre a présenté, ce dernier week-end d’octobre, Un spectacle, une création de Igor Cardellini et Tomas Gonzalez qui propose d’explorer les lieux de spectacle à travers une drôle et poétique visite – performance guidée. On en retient la réflexion sur l’autonomie de l’espace, notre manière de l’habiter, d’habiter la Terre, notre imaginaire, mais on relève surtout l’aspect autodérisoire et ironique de ces mêmes questionnements et de la manière de les exposer.

Un espace, scène de notre imagination

Suffit-il d’installer un public ou de monter un décor-illusion pour que l’espace devienne scénique ? 

Assis sur les gradins de la Ménagerie, on regarde des gens observer. Les visiteurs débarquent timidement dans l’espace, suivant un guide dans sa visite historico-spatiale. La toile qui cachait jusqu’alors le plateau, un décor de décor à la perspective parfaite, tombe. Les modules blancs, « décors scéniques » se donnent en spectacle. Ils sont ce que nous voulons qu’ils soient, et ici, ce sont juste de gros blocs blancs. C’est un décor derrière le décor, un espace d’imaginaires coincé dans le vieux garage réhabilité de la Ménagerie. 

On n’observe plus une scène mais une boîte blanche au plafond supporté par des poutres métalliques dans laquelle des personnes performent. Les espaces et univers s’entremêlent, la frontière est floue entre spectacle réalité et imagination. «Qu’est-ce qu’on fait là ensemble ? » nous demande le « guide », interprété par Dominique Gilliot. 

Lorsqu’on nous propose de faire vivre l’espace par des sons et des lumières, on se rend compte que celui-ci n’a pas besoin de corps vivants pour s’animer. L’espace a une âme, et la scène est espace de notre imagination, tout ce qui s’y passe n’est qu’un tremplin à l’imaginaire. Nu ou non, le plateau est un lieu de création. Mais cet espace est-il un lieu d’art parce qu’il se trouve dans une institution « laboratoire de création contemporaine » ? Ne peut-on pas créer partout ? si l’on cherche à poursuivre la réflexion, l’espace du spectacle serait avant tout en nous. 

Autoréflexion et dérision

Cette réflexion, à laquelle nous pousse Dominique Gilliot, en tant que performeur, et donc Igor Cardellini et Tomas Gonzalez, en tant que concepteurs, nous fait prendre conscience de ces couches de réalités qui se superposent pour faire illusion, pour faire spectacle. 

Mais la façon de nous amener à ces questionnements est elle-même présentée dans une certaine autodérision. On finit par gentiment rire de la scène, du public, et du guide conférencier un peu trop perché pour le public (sur scène et dans les gradins) qui cherche tant bien que mal à s’accrocher.

Un spectacle est une création intelligemment menée. Elle sème le doute en spectacle et présente, dans une belle réflexion au grain humoristique, des questions esthétiques sur l’art en espace, l’espace dans l’art et dans nos vies.

Après avoir visité la Ménagerie de verre, Dominique Gilliot guidera ses publics au Théâtre Vidy-Lausanne en décembre puis au Théâtre St-Gervais à Genève en janvier. Plus d’informations ici

Visuels : © Cardellini | Gonzalez

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