Théâtre
Joël Pommerat nous raconte « La grande et fabuleuse histoire du commerce »

Joël Pommerat nous raconte « La grande et fabuleuse histoire du commerce »

16 décembre 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

En clôture de l’année qui sacra Béthune comme capitale régionale de la culture en 2011, Joël Pommerat a reçu une commande express. En six semaines, il réalise une fois de plus un coup de maître en plongeant, enquêtes de terrain à l’appui auprès de vrais vendeurs, toujours un peu plus au coeur des questions sociales qui l’anime. La grande et fabuleuse histoire du commerce commence sa tournée le 12 janvier.

1968, 2011, Béthune, une chambre d’hôtel, cinq VRP, deux dates, deux ambiances de crise. Celle de mai, celle des subprimes. Ils vendent quoi ? Pendant un long moment on ne saura pas. Sans dévoiler quoique ce soit, disons que ce sont deux objets qui permettent de se mettre à distance des choses.

Dans une évolution notée depuis Cendrillon, Joël Pommerat insiste légèrement moins sur son exigence vis-à-vis des noirs intégraux au moment des transitions. Contrairement à Au Monde, Les Marchands, Je Tremble 1&2, Cercles/Fictions ou encore Ma chambre froide, les issues de secours sont visibles, le point rouge d’une cigarette persiste entre deux scènes. Reste des changements de décors comme des flashs qui ici nous ramènent à la manière d’un faux huis clos dans des séries de chambres d’hôtels quasiment toutes identiques à l’exception de quelques lampadaires. Notre point de vue change au fur et à mesure qu’il fait tourner le lit. Nous sommes face au téléviseur omniprésent, nous sommes le téléviseur omniprésent…jusqu’au moment où un comédien ordonne: « mais éteignez cette télévision ! ». Elle est présente dans les spectacles de Pommerat comme la lucarne sur le monde qui entre en force chez vous.

C’est de l’histoire de Franck, des idéaux en pagaille, pas tout à fait vendeur dans l’âme mais son oncle l’a placé là. Il a des scrupules à enfoncer les gens dans leurs dettes. Puis, un déclic, comme une drogue, le transforme en requin jusqu’à le retrouver 43 ans plus tard à la tête des commerciaux, plus fourbe et plus requin que ceux qui l’ont formé. »Fort le mec »

Pommerat en rencontre au bord du plateau raconte  » J’avais envie de mettre côte à côte deux moments de l’évolution de la société pour observer les modifications ».

Qu’est ce qui change ? Pas grand chose chez ces emblématiques porteurs de chemises mal repassées et cravates aux couleurs dépareillées au costume. Les lampadaire se font plus design et les mobiliers plus blanc. Les réunions se font toujours dans les chambres, certains secteurs sont plus durs que d’autres et les messages abjectes se jettent aux visages : « Tu ne vendras jamais si tu commences à intéresser aux gens ».

La musique toujours juste d’Antonin Leymarie ne coupe pas à la tradition du slow qui tue, ici en fin de spectacle. Elle ponctue chaque transition faisant monter un suspens qui devrait être inexistant. Est-ce qu’ils vont garder leur poste ? Est-ce qu’ils ont vendu, combien ?

Alors bien sûr, le spectacle tout juste créé souffre de défauts qui seront, connaissant le metteur en scène, vite gommés. L’exacte symétrie entre les deux époques ne fonctionne pas, car la surprise, du décor et du jeu, pourtant admirable de la part des cinq messieurs, s’essouffle plus vite. Peu importe, on regarde monsieur Pommerat enfoncer les propos sans fond en les rendant, tour de force, captivant. On se questionne sur l’arrivée soudaine de l’utilisation de la vidéo dans son travail, deux fois en deux spectacles. Si la scénographie est en mutation, le propos féroce attaque toujours. Surveillez les dates de tournée !

Visuel : (c) Elisabeth Carecchio

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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