Théâtre

Ivanov remix, la vodka coule à flot aux Francophonies en Limousin

Ivanov remix, la vodka coule à flot aux Francophonies en Limousin

29 septembre 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Depuis le début du week-end, Limoges respire le théâtre au rythme des Francophonies, le programme musical et théâtral qui promeut le spectacle vivant francophone en mettant à l’honneur cette année la Belgique et l’Afrique. Le coup de cœur du jour se porte sur Ivanov Remix, tout est dans le titre !

Entrée du public, un grand plateau s’offre à nous. Un barman nous sert des shots de vodka à la violette, un duo fille-garçon donne de la voix et du piano dans un coin. Au centre, un garçon tape sur son ordinateur comme un forcené en tentant de répondre à une question : « Peut-on vraiment s’accomplir en amour ? ».

La pièce démarre lentement, très lentement, reprenant en les singeant sans grand talent les codes caricaturaux du spectacle vivant : un mec en slip, un néon par ci, un micro par là. Mais dans la vie, il faut savoir être patient et laisser la magie prendre. Oh miracle, une boule à facettes, une comédienne démente (Sophie Sénécaut) repoussant un viol et tombant en même temps amoureuse d’un vieux comte (Philippe Grand’Henry). On y est, on comprend pourquoi le nom d’Armel Roussel est synonyme de talent. Allez, on vous raconte !

Comme dans tout Tchekhov, l’hésitation est permanente entre la tragédie et la comédie. Comme dans tout Tchekhov les comédiens ne portent jamais le prénom annoncé. Le metteur en scène choisit de ne pas choisir, il mixe, remixe, et envoie du lourd. Ivanov-Nicolas (Nicolas Luçon) est déjà blasé. Il aima Nathalie (Nathalie Borlée) un jour il y a 5 ans, mais ce mariage, vu d’un mauvais œil par sa famille lui coupa toute dot. Depuis, elle souffre de tuberculose et lui n’en a que pour Lucie-Sacha (Lucie Debay). Pendant que sa femme est dans les mains désireuses du docteur Arnaud (Arnaud Anson), lui se vautre dans les fêtes de la bourgeoisie décadente, où la vodka coule à flot, autant que la chirurgie  esthétique, mais l’électricité est rationnée.

Pendant ce temps là, la neige n’en finit pas de tomber dans trois procédés scéniques brillants : à l’extérieur du plateau, dans des téléviseurs, puis sur les comédiens.  Le froid qui tombe, c’est celui qui glace les relations, faisant mentir les hommes, Ivanov étant le jouet d’un Yoann manipulateur.  Pour se réchauffer, ça picole non stop, dans la réalité comme dans la fiction. Roussel en appelle à la Cerisaie mais aussi à la Mouette, invitant, dans une tendance lourde de cette rentrée, la mise en abyme du théâtre. Les faux semblants sont légion, pour de faux, et pour de vrai.

Le spectacle glisse dans le génie au fur et à mesure qu’il se déroule dans une montée en puissance d’autant plus étonnante qu’elle revient de loin. Le final est magnifique, n’en disons rien. Mais la réponse à la question posée sera donnée dans une esthétique qui en avançant se sera libérée de ses pères que pour offrir entre performance et théâtre une proposition qui sait manier le glauque et le kitsch dans une harmonie tantôt tragique, tantôt comique, absolument juste.

Santé/ Za tvoyo zdo´rovye!

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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