Théâtre

Au Festival d’Avignon, « Iphigénie » sous vents défavorables

Au Festival d’Avignon, « Iphigénie » sous vents défavorables

11 juillet 2018 | PAR Christophe Candoni

Au Cloître des Carmes, Chloé Dabert met en scène une version pusillanime et déprimante d’Iphigénie de Jean Racine.

Première mise en scène à la Comédie-Française avec J’étais dans la maison et j’attendais que la pluie vienne de Jean-Luc Lagarce, nomination à la direction du Centre dramatique national de Reims, première mise en scène au Festival d’Avignon… La très gâtée Chloé Dabert a décidément le vent en poupe depuis sa révélation au Festival Impatience, et voit s’ouvrir à elle d’innombrables portes en cette riche année riche, mais son Iphigénie très attendue n’est pas la hauteur de l’enjeu.

La metteuse en scène et son scénographe Pierre Nouvel ont voulu situer la tragédie dans un camp militaire. La réalisation est moins explicite que l’intention et le décor qui compte quelques herbes folles sur une pointe de sable fin renvoie aux rivages d’Aulis où les guerriers se préparent à envahir Troie. Des tentures marronnasses masquent les belles arches de la cour des Carmes tandis qu’une imposante construction sur étages, tout en barres métalliques, représente un mirador qui de sa hauteur arrogante rivalise avec son clocher, mais n’offre que peu de possibilités aux acteurs confinés sur l’extrême côté du plateau.

Costumes impersonnels et uniformes

Du côté du jeu, c’est plutôt laborieux. Comment expliquer la restitution approximative du vers d’autant plus imprévisible que l’essentiel du geste de Chloé Dabert repose précisément sur le verbe? En répétition, elle a conduit un travail à la table méticuleux, quasi mathématique, sur le texte, sur la diction, le rythme et la ponctuation, les retours à la ligne sans élision. Mais l’incarnation ne s’attache pas à délivrer ce qu’il y a de plus vibrant, de plus sensible voire sensuel dans cette partition. Les passions de l’éros racinien sont ici totalement étouffées.

La distribution est dépourvue de charisme et de charme – en cause, les costumes impersonnels et uniformes dans lesquels évoluent les comédiens. On retient l’imposant Agamemnon dans l’interprétation monumentale, « ogresque » pourrait-on dire, de Yann Boudaud, malgré une propension de l’acteur à systématiquement taper dans les mots, la Clytemnestre déterminée jusqu’à la folie de Servane Ducorps, l’Eriphile musicale de Bénédicte Cerutti tandis que les autres font pâle figure, surtout les garçons anodins que sont Sébastien Eveno, un Achille convaincant ni dans le prompt guerrier ni dans l’amoureux transi, et Julien Honoré en Ulysse insignifiant. Campé par Victoire Du Bois, le rôle-titre se distingue peu, comme si cela ne suffisait pas d’être sacrifiée par son père au nom de la gloire guerrière.

« Le théâtre est là pour interroger et ébranler », déclare Chloé Dabert dont l’Iphigénie n’a malheureusement suscité ni réflexion ni émotion.

Visuel : Iphigénie © Christophe Raynaud de Lage

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III).Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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