Théâtre

Fantaisie en mode majeur au T.O.P.

Fantaisie en mode majeur au T.O.P.

07 mai 2012 | PAR Emma Letellier

Dans le cadre de la deuxième édition du festival SEULES … EN SCENE, au Théâtre de l’Ouest Parisien, la metteur en scène et chorégraphe Caroline Marcadé réunit Juliette Roudet et Dominique Valadié dans un spectacle mêlant danse, musique, peinture et littérature. Dans ce théâtre, les disciplines dialoguent pour composer ensemble une série de Portraits de femme, Cœur à corps.

Avec le soutien du T.O.P., Caroline Marcadé signe la création du premier volet d’un surprenant projet. Il s’agira, en effet, de présenter une vingtaine de portraits, incarnés par une vingtaine de comédiennes – créer une grande fresque au féminin pour un théâtre vivant et joyeux, dans lequel l’actrice en jeu s’affirme « incorporée ».  Car pour le metteur en scène, la féminité s’exprime avant tout à travers le corps.

Au départ, il y a une écriture, celle de Caroline Marcadé, à l’attention d’actrices de son choix. Dominique Valadié est une compagne de travail depuis plusieurs années, notamment au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique où elles enseignent toutes deux. Juliette Roudet a été leur élève. Pour chacune, la chorégraphe choisit un tableau qui, dit-elle, « leur ressemble comme deux gouttes d’eau » et compose une danse. L’actrice évolue ainsi sur le plateau en donnant l’impression de sortir de la peinture pour s’incarner sous nos yeux. La danse et le texte se superposent à la saisie du peintre et permettent au personnage d’acquérir une densité et une intériorité qui le rendent plus proche du spectateur. Le théâtre, lieu de l’ici et maintenant opère sa magie: il devient zone franche de rencontre entre Hier et Aujourd’hui.

C’est ainsi, notamment, que Dominique Valadié se présente jeune fille Miss Cecily Alexander, telle que James Abott Whistler l’aura portraiturée en 1872. L’actrice et la metteur en scène collaborent à la création d’un corps adolescent,  souple et agile, animé par l’insouciance amusée de premiers amours. Car Miss Cecily Alexander est aussi Daisy Miller, Dominique Valadié choisissant de lui faire raconter une partie des aventures imaginées par le romancier Henry James. Ainsi donc, le corps de l’actrice, la danse, la peinture et le texte oeuvrent-ils ensemble à la création d’un personnage riche de plusieurs identités : et Daisy d’être tout à la fois Cecily, Dominique , Caroline, James et Henry.

Comprenons donc que dans ce travail, les disciplines s’entraident pour créer des caractères métissés par le temps et l’irréductible diversité de notre humanité. Ce spectacle est un très bel hommage au travail d’inspiration et de récréation, une affirmation de la nécessaire collaboration entre les arts, les époques et les individus.  Un hymne au multiculturalisme en somme. Fascinantes, Juliette Roudet et Dominique Valadié lancent les premières mesures d’une superbe symphonie dans laquelle la femme tient le premier rôle, jouant de son humour, de sa singularité et de sa féminité pour offrir au spectateur un étonnant voyage  en Poésie.  Les décors simples et longilignes de Camille Duchemin ainsi que les lumières de Simon Fritschi accompagnés de la musique éclectique de Dayan Korolic entraînent le curieux dans les méandres aussi divers qu’envoûtants de ces paysages intérieurs, parvenant ainsi à s’affranchir du temps et de l’espace et rendant au théâtre son pouvoir hypnotique.

 

 

Programmation du festival:

DIEU EST-ELLE UNE PARTICULE ? EMMA LA CLOWN DE MERIEM MENANT MISE EN SCÈNE KRISTIN HESTAD,     MERCREDI 9 – JEUDI 10 MAI

SACRIFICES / NOUARA NAGHOUCHE DE NOUARA NAGHOUCHE ET PIERRE GUILLOIS MISE EN SCÈNE PIERRE GUILLOIS,  SAMEDI 12 – DIMANCHE 13 MAI

LA JEANNE DE DELTEIL / JULIETTE RIZOUD DE JOSEPH DELTEIL ADAPTATION JEAN-PIERRE JOURDAIN MISE EN SCÈNE, SCÉNOGRAPHIE CHRISTIAN SCHIARETTI,   MARDI 15 – MERCREDI 16 MAI

HORS DU LABYRINTHE / ALEXANDRINE SERRE DE VÉRONIQUE CAYE ET ALEXANDRINE SERRE ADAPTATION LIBRE D’APRÈS LES CAHIERS SECRETS DE ANAÎS NIN MISE EN SCÈNE, VIDÉO VÉRONIQUE CAYE,      MARDI 22 – MERCREDI 23

MAI UNE SI LONGUE NUIT / ANNE LÉVY, TEXTE, MISE EN SCÈNE IVAN ROMEU,    JEUDI 24 – VENDREDI 25 MAI

ROSE / JUDITH MAGRE DE MARTIN SHERMAN MISE EN SCÈNE THIERRY HARCOURT,     MARDI 29 – MERCREDI 30 – JEUDI 31 MAI

 

Festival Garorock 2012, un torrent musical à Marmande
Interview de Gunilla Norén, la programmatrice du Festival ÅÄÖ
Emma Letellier

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *