Musique
Interview de Gunilla Norén, la programmatrice du Festival ÅÄÖ

Interview de Gunilla Norén, la programmatrice du Festival ÅÄÖ

07 mai 2012 | PAR Yaël Hirsch

Le 11 mai, l’heure du festival ÅÄÖ a sonné pour les Parisiens en quête de grands frissons indés venus du Nord de l’Europe. Fort des succès des années précédentes, en 2012, le festival de musiques actuelles suédoises ÅÄÖ s’téle dans 5 grandes salles parisiennes aux styles musicaux aussi pointus que variés et accueille des artistes déjà connus (Peter von Poehl, Frida Hyvönen) ou à découvrir d’urgence (Jennie Abrahamson). Gunilla Norén, la programmatrice de ce festival pluriel et haut perché nous fait partager sa passion pour le talent musical suédois.

Attention, bon plan, la soirée d’ouverture du 11 mai au Trabendo, avec Lo-Fi-Fnk, Korallreven, Pacific! et Simian Ghost + Soire?e Club Tracasseur Disco avec Punks Jump Up et Johan Agebjörn, est en entrée libre!

Pouvez vous nous parler un peu de votre parcours, entre la Suède et la France, et nous dire quels sont les liens entre l’institut suédois et le festival ÅÄÖ ?

Avec déjà 15 ans passés en France dont la moitié à l’Institut suédois, j’ai l’impression d’avoir une énorme chance d’avoir un pied dans chacun de mes pays. Le festival ÅÄÖ illustre parfaitement le travail qu’on mène à l’Institut suédois, c’est-à-dire de promouvoir la culture suédoise en France et de travailler pour créer des ponts entre ces deux pays. L’Institut suédois est à l’initiative du festival mais la programmation se crée ensemble avec chacune des salles qui participent.

A l’origine, quand vous avez eu l’idée de consacrer tout un festival parisien aux musiques actuelles suédoises, pensiez-vous trouver un public assez nombreux pour un évènement aussi pointu ? Chaque année nous avons fait grandir le festival, suite au succès de l’édition précédente. La première édition de 2009 s’est fait ensemble avec Point Ephémère et l’Institut français de Stockholm qui faisait un projet français avec un club à Stockholm. On s’était juste dit « Programmons ensemble 4 soirées et appelons cela un festival ». Et ça a marché ! Ensuite, en 2010 nous avons monté le niveau de nos ambitions en travaillant davantage la communication et en faisant appel à La Maroquinerie et la Flèche d’or. Avec 5 soirées guichets fermés nous nous sommes dit qu’il fallait refaire une troisième édition et nous voilà 18 mois plus tard. On espère que le public sera au rendez-vous cette fois ci aussi.

Pourquoi avez-vous décidé de vous en tenir à la scène indépendante ?
Le festival programme quelques grands noms mais fait surtout la part belle aux découvertes. Nous soutenons la scène indé car ce sont ces artistes-là qui ont le plus besoin de notre soutien pour se faire connaître en France.

Entre deux festivals indépendants et avec pas mal d’artistes suédois à l’affiche comme Les femmes s’en mêlent et Clap Your Hands et les grands festivals nationaux, comment ÅÄÖ a-t-il trouvé sa place ?
On trouve cela formidable que les artistes suédois soient aussi présents dans les festivals français. Ce ne sont pas nos concurrents mais souvent partenaires comme le festival Les Femmes S’en Mêlent avec qui nous collaborons depuis plusieurs année. Le festival ÅÄÖ met le doigt sur cette présence suédoise – qu’une partie des artistes connus et écoutés en France sont en fait suédois sans que le public le sache forcément. On les croit souvent anglais ou américains.

Selon une étude américaine, que vous mettez en avant, la Suède est le pays qui effectue les meilleures ventes de CD, si l’on compare ces ventes à son PIB, comment expliquez-vous un tel succès pour la musique ?
La musique a une forte place dans la culture suédoise. On chante depuis notre plus bas âge. On apprend des instruments aussi bien à l’école (et pas juste la flûte à bec) que dans des écoles de musique municipales. Ensuite, il y a une forte présence de chorales scolaires et extra-scolaires. Et encore, on chante tous pour nos fêtes traditionnelles, même parfois en dansant autour du sapin de Noël. La musique est si fortement ancré dans la mentalité suédoise, que dans beaucoup de villes, les adolescents font soit du sport soit créent leur groupe de rock. Les Suédois, parfaitement anglophone et très entrepreneurs, savent aussi s’exporter. Et la petite taille du marché suédois les pousse à aller vers l’étranger.

Si l’on prend les exemples des norvégiennes Rebekka Karijord et Ane Brun qui se sont établies à Stockholm, ou encore celui de Marie Modiano (présente à cette édition 2012) qui est allée chercher l’inspiration au Nord, il semble que la Suède soit un centre attractif de la création musicale. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur les hauts lieux et les grandes énergies de composition et d’enregistrement de musique là-bas ?
La Suède possède de très bons professionnels de la musique, aussi bien des compositeurs ou des producteurs, qui font que les artistes viennent travailler en Suède. Madonna ou Katy Perry en sont deux exemples pour la variété internationale. Les studio d’enregistrement et producteurs sont très réputés et cela va jusqu’à la réalisation de clips comme avec Jonas Åkerlund qui a fait la vidéo « Telephone » de Lady Gaga.

Les artistes suédois chantent-ils parfois dans leur propre langue à l’étranger ?
Beaucoup d’artistes chantent en suédois dans notre pays, mais ils sont peu nombreux à tenter l’expérience à l’étranger. On peut citer l’exemple de Kent, Säkert!, Familjen.

ÅÄÖ ménage-t-il un espace pour un dialogue entre les artistes suédois qu’il permet de découvrir et d’autres artistes européens ?
Le festival permet de présenter des artistes suédois en France, ce qu’on espère peut faciliter des contacts entre artistes européennes. Par contre, l’Institut suédois organise d’autres types de projets dans lesquels les conditions pour une rencontre sont davantage réunies, où nous misons davantage sur la rencontre. A retenir pour une prochaine édition ! J

Pourquoi étaler les 5 concerts dans 5 salles de concerts parisiennes?
En fait, en tout ce sera plus d’une quinzaine de concerts. Le fait de faire jouer les artistes dans 5 salles différentes permet de présenter des univers bien divers. Ainsi, chaque salle propose une ambiance distincte : électro au Trabendo pour la soirée d’ouverture gratuite le 11 mai, ensuite rock-folk pour la carte blanche donnée à Peter von Poehl à la Gaîté lyrique, un côté singer-songwriting au féminin à la Maroquinerie et une nuit où le krautrock rencontre la New Wave au Point Éphémère pour la soirée de clôture. Cela peut aussi permettre de toucher un public plus large que si on était dans une seule salle.

Certains artistes comme Peter von Poehl et Jennie Abrahamson jouent deux fois cette année, est-ce pour permettre à un plus large public de les suivre ou pour donner plus d’espace de liberté aux artistes ?
Peter von Poehl a une carte blanche pour un weekend à la Gaité lyrique pour proposer deux journées bien différentes. Le samedi, il sera accompagné par 12 musiciens sur scène dont une section de cordes et une section de vents. Le lendemain, dimanche, ce sera une tout autre ambiance avec des interludes, improvisations avant et après les concerts de The Soundtrack of Our Lives, groupe légendaire en Suède et Marie Modiano. Le tout couronné par un fika suédois (mot de connotation conviviale pour dire boire un café/sirop accompagné des sucreries entre amis). Jennie Abrahamson a une forte actualité française et on voulait donner la possibilité au grand public de la découvrir et ensuite à l’Institut suédois, la présenter en show cases dans un cadre plus intime.

Avez-vous un chouchou dans votre programmation de cette année que vous souhaitez absolument faire découvrir au public parisien ?
Je connais le travail de Peter von Poehl depuis plusieurs années et je suis ravie qu’il fasse partie du festival. Ensuite, j’adore les univers de Frida Hyvönen et Promise and The Monster qui ont toutes les deux joué à l’Institut suédois dans le cadre du festival Les Femmes S’en Mêlent. Au niveau des découvertes pour moi cette édition, j’avoue que j’écoute en boucle les morceaux psychédéliques de Blessing et j’ai une petite faiblesse pour Agent Side Grinder et This Is Head.

Je suis aussi particulièrement fière de la programmation faite avec le programmateur du Trabendo où la crème de la crème électro suédoise se trouve réunie !

Fantaisie en mode majeur au T.O.P.
Dark Shadows : 4ème nuit Tim Burton au Champo, Samedi 12 mai
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

3 thoughts on “Interview de Gunilla Norén, la programmatrice du Festival ÅÄÖ”

Commentaire(s)

  • Gustav Svensson

     » …une partie des artistes connus et écoutés en France sont en fait suédois sans que le public le sache forcément. On les croit souvent anglais ou américains. »

    Ben voila, tout est dit dans ces 2 phrases.
    Ce que l’on nous vend comme musique suédoise n’est que le résultat de l’hégémonie culturelle anglo-saxonne orchestrée par les mutinationales du showbiz.
    Pendant ce temps, en Suède, la vraie culture suédoise est ringardisée, muselée comme une maladie honteuse sous prétexte que la langue serait incompréhensible, invendable. Mais elle est belle cette langue ! Et naturellement chantante, 10 fois plus que l’anglais et ses voyelles distordues.
    Svenska artister, vakna NU! Fransozerna VILL höra svenska låtar PÅ SVENSKA!

    mai 9, 2012 at 21 h 48 min

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