Théâtre
Exit : la Mac présente la version polonaise de « In the solitude of cotton fields »

Exit : la Mac présente la version polonaise de « In the solitude of cotton fields »

10 mars 2012 | PAR Celeste Bronzetti

Une adaptation éprouvante du texte de Bernard-Marie Koltès. Radoslal Rychcik tord la pièce jusqu’à la déformation: une lecture furieuse de la solitude humaine, un cri déchirant et sans issue.

Le texte est la mise en scène de la rencontre tragique avec l’autre, une collision totale et incontournable avec le corps de la diversité. Il parle du conflit fatidique de deux hommes destinés au combat furieux à cause de leur dépendance du désir : un être humain assujetti à un désir démesuré agresse tout ce qu’il perçoit comme un empêchement à sa jouissance, mais l’autre, celui qui peut le soulager, il joue à son tour le rôle diplomatique du vendeur, qui déteste son client mais qui fait semblant de vouloir l’apaiser : lui aussi il dépend d’une logique aveugle, celle du marché, qui lui impose la fausseté afin de persuader l’autre à l’achat.
Un dealer et son client se rencontrent dans un espace nocturne et désertique. Le silence et le manque de lumière deviennent tout de suite étouffants déjà dans la pièce de Koltès, mais le metteur en scène polonais va encore plus loin dans la recherche de l’anéantissement : il transforme la pièce de théâtre en concert électro, ce qui entraine le comblement absolu de tout espace de silence. La musique brutale et assourdissante, à la frontière entre heavy metal et punk rock dans sa version électronique, remplit toute fissure, poussant le spectateur à un véritable sens d’asphyxie.
C’est très probablement cette réaction que Radoslal Rychcik recherche chez son public: il semble vouloir cingler les sens du spectateur avec la même brutalité qu’il demande à ces acteurs. Ils doivent personnifier physiquement le drame qu’ils récitent, le faire ressortir de leur propre corps pour atteindre le paroxysme de la tragédie. Les tournures des phrases qui reviennent dans le texte de Koltès, et qui lui donnent le caractère harcelant d’un conflit éternel entre l’homme et tout ce qui lui est étranger, sont traduites par Rychcik en cri répété et obsédant, qui touche à l’aboi lancinant d’une bête assiégée.
Si le théâtre de Koltès met en scène tout ce qu’il y a avant le conflit corporel entre les hommes, jamais vraiment atteint, tout en le décrivant comme une déclinaison particulière du conflit animal, le metteur en scène polonais, auteur de cette transposition personnelle de Dans la solitude des champs de coton, pousse l’agressivité corporelle de la pièce jusqu’au bout.
La fin de la mise en scène touche le comble de l’intensité à laquelle toutes les parties impliquées tendent depuis le début : la musique des Natural Born Chillers, ainsi que les énergies multiples dégagées par les corps tourmentés d’un désir morbide de deux acteurs, contribuent à la réalisation d’un orgasme de douleur et de perversion.
On se demande si cette volonté de raconter l’animalité de la nature humaine, sa tension aveugle vers l’anéantissement de l’autre en tant qu’obstacle à une jouissance absolue et achevée, ne cache pas en réalité un résidu de l’inguérissable tendance du théâtre contemporain post avant-gardiste, qui se complait à provoquer l’agacement du public.

 

Visuels © Maciej Zurawiecki

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Celeste Bronzetti

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