Théâtre
Etant donnés, Markus Öhrn met en scène la poupée porno de Jan Fabre

Etant donnés, Markus Öhrn met en scène la poupée porno de Jan Fabre

28 novembre 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

C’est une poupée… qui fait oui, oui, oui, oui. Violent, frustrant, agressif, énervant, hypnotique, répétitif, voyeur… Tout, Etant donnés est tout à la fois. Le Théâtre de Gennevilliers, dans son invitation à Jan Fabre a proposé au metteur en scène Markus Öhrn de monter ce texte de l’anversois. Âmes sensibles, vous avez deux minutes pour fuir…

Le texte de Jan Fabre s’inspire d’une installation de Marcel Duchamp, réalisée dans les années 50 et révélée au public en 1969. Ce ready made montre plusieurs aspects, dont un corps de femme nue, les cuisses écartées. Elle tient un bec Auer allumé. Elle est allongée dans l’herbe. L’installation se voit à travers un œil de bœuf. Comment traduire une installation muséale en performance ?

D’abord, Markus Öhrn et son acolyte Jakob Öhrman nous préviennent. Le spectacle va être violent et proposer une objectivation du corps féminin qui peut en choquer plus d’un. Les images sexuelles et pornographiques vont être légion. Top chrono de 2:00 à 0:00. On reste. On voit alors la méthode Öhrn se mettre en place. Comme pour Conte d’Amour présenté au Festival d’Avignon, nous sommes mis face à un grand écran. Les comédiens sont là, sur le plateau, dans une boite rouge opaque. La frustration commence à opérer.

Nous assistons à un casting sordide dont les vidéos de cul sont friandes. Une jeune femme, Nadine (Nadine Dubois) s’installe sur un canapé noir en mauvais vinyle, bien mou. Les questions dérapent vite et les réflexions aussi. Pour réussir, il vaut mieux savoir se déshabiller. Cette vidéo-là n’est pas live, on voit ensuite les comédiens traverser rapidement le plateau pour entrer dans la boite surdimensionnée. Ils ont l’air de playmobils. Les deux hommes ont le visage masqué par une cagoule SM. Le film se rebranche pour là, nous retransmettre une performance qui se joue là où nous nous trouvons, sans que nous la voyions.

Nous entrons dans le règne du plastique. Les hommes sont armés de god-ceintures pour prendre par tous les trous une poupée gonflable perturbante, car dotée d’une pensée. Tout est faux, bruitage compris. Le corps objet est là traité dans son sens le plus cru. Et pourtant, le texte est là, dans la bouche de la vraie Nadine qui offre un dialogue vif et hautement bien écrit. Qui parle ? Le vagin de la poupée. La poupée ressent, la poupée existe. Tout cela existe. Les faux castings pour de vrais viols.

D’une installation, Jan Fabre avait fait un spectacle en respectant exactement le travail de Duchamp. Öhrn interprète en utilisant son médium favori, la vidéo. Ici, cela marche parfaitement. La vidéo ajoutant distance et frustration. On mate donc un faux porno, où les bites sont en plastique tout comme le corps de la femme violentée, joué par de vrais comédiens, que l’on ne voit pas réellement. C’est dire si le trouble s’installe. On se défend comme on peut, on cherche l’ennui, on cherche la brutalité. La fin du spectacle surprend et remet les pendules à l’heure.

Etant donnés, dans la version de Markus Öhrn, devient un manifeste féministe où ces gars-là apparaissent, épuisés et impuissants, totalement ridicules. Finalement… il est très bien ce spectacle !

Visuel © Markus Öhrn

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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