Pop / Rock

[Live report] Mina Tindle au Trianon : délicate balade folk et pop

[Live report] Mina Tindle au Trianon : délicate balade folk et pop

28 novembre 2012 | PAR Bastien Stisi

Révélation folk pop de l’année, Mina Tindle donnait hier soir la première grande date de sa jeune carrière musicale dans la salle parisienne du Trianon. Appuyée par le très bon Taranta (2012), album d’une maturité exemplaire aussi bien salué par la critique que par le public, l’artiste a livré une prestation bien plus originale et diverse que ce que l’on pouvait prévoir originellement.

Judah Warsky en Eden hostile

Judah Warsky, ovni synthpop que Mina Tindle a personnellement invité à venir faire la première partie de son concert, est d’emblée livré en pâture à un auditoire trop confortablement assis dans de confortables sièges (disposés dans la fosse pour l’occasion) pour apprécier à sa juste valeur ce genre de prestation. Une barbe de quinze jours, le ton désinvolte et auto dérisoire, le look du chanteur est semblable à celui d’un junkie camé aux sonorités d’un synthétiseur qui semble être son seul véritable allié dans la salle, tant sa prestation décalée et baroque parle peu au public bien rangé du Trianon.

Pop mélancolique teintée parfois de quelques résidus technos, Judah Warsky, attachant et talentueux, tente difficilement de faire partager à ses contemporains la genèse de ses compositions détraquées. « Painkillers and Alcohol », tripe synthpop planant, a par exemple été écrit d’une traite en rentrant d’une soirée vagabonde et décadente, consacrée à la consommation mélangée de médocs et d’alcools de tous horizons… À l’image d’« Asleep in a Train », longue rêverie psychédélique, les morceaux s’étiolent, se perdent dans des sentiers sans clôtures et sans termes, mais ne décollent jamais dans de véritables envolées pop, comme si l’oeuvre de l’intéressé ne devait devoir se détacher sous aucun prétexte de son pessimisme viscéral et rétro-futuriste.

Au terme de la prestation de Warsky, le jeu de lumière, pure coïncidence scénique ou mise en scène symboliste alambiquée, finit par dessiner des cornes diaboliques sur les bords du visage de ce Judah débarqué dans un univers qui n’est définitivement pas le sien. Satan électronique enfin chassé du Paradis, le folk pop lisse et angélique de Mina Tindle peut désormais s’imposer sur scène, et régner sur son royaume.

Mina Tindle, l’ange folk du Trianon

« The Kingdom » : c’est d’ailleurs l’un des morceaux qui sert d’introduction au concert de la starlette folk de la soirée. Sublime et délicate complainte faisant ressortir à merveille la voix légèrement fêlée de la chanteuse, le morceau, chaudement salué par le public, est à l’image des premiers instants de cette seconde partie : accompagnée de deux musiciens hypers polyvalents, la jolie et rafraîchissante Mina, les cheveux châtains en chignon, caresse les cordes de sa guitare en même temps qu’elle récite (trop) sagement et de manière linéaire les titres de son album. L’interprétation du tube « To Carry Many Small Things » introduit une clameur approbatrice, le jeu de lumière épouse à la perfection les sonorités folks des morceaux, et les lyrics de « Pan » évoquent de très nettes influences de Camille ou d’Emily Loizeau…Rien ne semble ainsi devoir perturber la représentation paisible qui se déroule sous les yeux du Trianon. Les quatorze titres de l’album, alternativement chantés en français, anglais, et même en espagnol, n’ont pas été pensés pour la scène, avouait-elle encore il y a quelques semaines…

Progressivement, Mina Tindle et son orchestre finissent tout de même par se souvenir de ce qu’inclut le mot « pop », et parviennent à libérer une énergie et une folie sous-jacentes que les premiers instants du concert ne laissaient pas entrevoir. Mina se met à sautiller, à élargir un sourire de plus en plus sincère, et teinte même parfois son œuvre de sonorités rythmées et dansantes…On regretterait presque alors, quelques morceaux durant, la présence de ces encombrantes rangées de sièges disposées dans la fosse…

Et puis, Pauline (le vrai nom de la chanteuse) prend la parole, et explique au public la genèse du titre de son album Taranta, référence à une fête que l’on célèbre dans le sud de l’Italie, où les femmes, piquées par des araignées venimeuses entrent dans une transe esthétique et chorégraphiée afin de projeter le venin hors de leur corps. Quelques instants plus tard, une danseuse ténébreuse et mystique, dénommée Moira, viendra effectuer cette fameuse danse, plongeant la salle dans une contemplation stoïque parfaitement inhabituelle et inattendue. Sur « Alegria », titre interprété en espagnol, d’autres danseuses se projetteront bientôt également sur la scène, et donneront au Trianon les contours d’une cathédrale raisonnante ibérique.

J. P. Nataf, producteur de l’album et figure de la pop française des années 80’, viendra compléter la liste des invités surprises de la soirée en clôturant le concert de manière acoustique en duo avec Mina Tindle, au sein d’une seconde interprétation du tube phare « Pan ».

Le Trianon sait depuis quelques semaines qu’il n’aura pas le plaisir de recevoir la visite de l’immense artiste folk Cat Power, qui devait originellement venir lui passer le bonjour le 10 décembre. Il aura eu ce soir, en guise de sublime rattrapage, son émule frenchie la plus probante.

Visuel : (c) pochette de Taranta de Mina Tindle

Les vernissages de la semaine du 28 novembre
Etant donnés, Markus Öhrn met en scène la poupée porno de Jan Fabre
Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *