Spectacles

Jan Fabre « Le corps est la mesure humaine de tout »

Jan Fabre « Le corps est la mesure humaine de tout »

04 mars 2019 | PAR La Rédaction

Dans le cadre du Festival 100%, Jan Fabre présentera dans la Grande Halle de la Villette son tonitruant Belgian Rules, Belgium Rules, du  au 

 

Propos recueillis par Jérôme Provençal

 

Dans le contexte actuel, comment travaillez-vous avec vos interprètes ?
Au fil du temps, j’ai développé non pas une méthode mais plutôt une sorte de ligne, dans l’esprit d’Artaud. Si vous lisez Artaud aujourd’hui, il apparaît toujours contemporain parce qu’il n’énonce pas de méthode mais propose une ligne de conduite philosophique. Au sein de Troubleyn, je m’attache depuis quarante ans à appliquer une ligne de conduite avec mes acteurs et mes danseurs. Je leur fais faire des exercices, je les initie à ce que j’appelle « le jeu physiologique ». Cet entraînement amène à prendre conscience que les émotions ne sont pas psychologiques mais résultent d’impulsions physiologiques, à mieux comprendre comment fonctionne le corps humain. Le concept d’acteur ou de danseur m’apparaît comme un concept bourgeois du 19ème siècle. Les membres de ma compagnie sont des performeurs contemporains qui suivent un apprentissage très large (danse moderne et classique, arts performatifs, arts visuels…) et s’interrogent sur la place du corps dans le monde et dans l’Histoire.
 
Je n’ai jamais eu la volonté de provoquer au long de mon cheminement d’artiste. Mes œuvres procèdent d’une recherche et d’une nécessité. S’il arrive qu’elles soient jugées provocantes, cela résulte d’une incompréhension. Par ailleurs, sous le mot « provocation » on peut aussi entendre la stimulation de l’esprit, l’incitation à la pensée et à la réflexion. Dans ce sens, la provocation est une chose positive.
 
 
Je suis une inconditionnelle de votre travail. Vous êtes le seul à mon sens qui sache voir le beau dans le laid. Le seul qui assume que les fluides humains ne sont pas des tabous.
 
Le corps est la mesure humaine de tout. Il a toujours été le sujet premier de ma recherche artistique. Tout, dans le corps humain, m’intéresse et m’inspire, des organes aux muscles en passant par le sang, le sperme, le squelette ou le cerveau – autour duquel j’ai conçu l’exposition Ma nation : l’imagination pour la Fondation Maeght .
 
Vous savez sculpter des images. Comment écrivez-vous : est-ce justement l’image qui guide la performance ?
 
Pour moi, ce n’est pas qu’une question d’esthétique. Sinon, il ne s’agirait que de maquillage. La beauté telle que je la conçois se fonde sur la conjonction profonde de valeurs éthiques et de principes esthétiques. Par ailleurs, je la vois comme quelque chose de très fragile, semblable à un papillon : si on l’attrape, on risque de la détruire. En tant qu’artiste, je dois défendre la vulnérabilité de la beauté et de l’espèce humaine. Je peux trouver de la beauté partout dans le monde d’aujourd’hui car je crois fondamentalement en la beauté et en l’humanité.
 
 Vous qui êtes flamand, et qui justement avait intégré toutes les œuvres peintes par les maîtres. Ici, vous semblez convoquer la Belgique aujourd’hui. Comment percevez-vous ce pays qui a une relation au pouvoir aléatoire  et un peuple si multiple?
 
C’est un projet que j’avais en tête depuis des années. Il me tient à cœur pour une raison simple : j’aime la Belgique. J’aime aussi la monarchie et je suis contre le nationalisme d’extrême-droite, contre les gens qui veulent détruire le pays. La monarchie me semble le meilleur rempart contre la dérive vers l’extrême-droite que l’on observe actuellement en Europe. Je voulais proposer une célébration critique de la Belgique. La pièce se montre ainsi très critique, notamment au sujet des rapports qu’entretient la Belgique avec ses anciennes colonies, mais elle exprime aussi une forte empathie. Malgré ses travers, j’aime ce petit pays au bord de la mer du Nord, à la fois beau, bizarre et fou. Je suis encore plus attaché à Anvers, cette ville de nulle part dans un pays de nulle part. En outre, en tant qu’artiste, je me sens intimement lié aux grands maîtres flamands du passé : Bosch, Rubens, van Dyck, van Eyck, Memling…

Article Partenaire

 

 

 

 

 

Infos pratiques

Autodrome Linas-Montlhéry
BNF-Site François-Mitterrand
Alexander Mora-Mir

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *