Théâtre
Egon Schiele installe son atelier au Théâtre des Deux Rêves

Egon Schiele installe son atelier au Théâtre des Deux Rêves

12 août 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Spectacle vu le 28 avril au Théâtre des Blondes Ogresses

Faire du théâtre à partir d’une peinture, rendre vivante l’œuvre. C’est le pari audacieux et totalement gagné de la metteuse en scène et peintre Stéphanie Fumex présentant « J’aimais tant, j’aime les contradictions » . Une réussite théâtrale et picturale sans appel.

Stéphanie Fumex a traîné ses guêtres du côté du Théâtre de Soleil, elle en a gardé le sens de l’accueil et la générosité. Le public est reçu à l’extérieur par une comédienne en (beau) costume XIXe siècle, une fois entré dans le lieu, une pièce au plafond orné de moulures, lustre à pampille et tables de bistrot partout. La metteuse en scène nous propose de nous assoir, nous offre à boire et à manger. Sur le mur, Egon Schiele dans une projection vidéo de dessin animé, tente de briser les barreaux de la prison où il est enfermé. Plongés dans une ambiance de bar très vintage recouvert de toiles de peintures, on bascule alors dans la vie de l’artiste
Assise, Gladys Guilbaud au sourire frénétique bouquine une biographie d’Egon, il va la rejoindre et elle, se transformer en « Wally », sa muse. Rapidement, le jeune Egon (Eddy Wonka) se transforme au côté de Klimt (Emmanuel Georges). Il peint des nus, des visages torturés et se peint lui-même dans des autoportraits à deux ou trois têtes. La mise en scène propose alors de dédoubler Schiele mettant en mouvement réellement les peintures où il se représente à plusieurs visages. Son œuvre dérange, au point qu’il se retrouve injustement emprisonné, durant vingt-quatre jours, un moment sublimé ici par une courte vidéo transformant Egon Schiele en pantin manipulé dans un moment de création enragée.

L’univers scénique propose un équilibre juste entre les différents arts illustrant la phrase centrale du spectacle « l’art ne peut pas être moderne, il est de toute éternité ». La peinture est exposée sur les murs du café devenant atelier ou maison. Stéphanie Fumex s’est inspirée de l’œuvre d’Egon Schiele pour créer des toiles anguleuses et captivantes. La vidéo est utilisée avec intelligence permettant une ellipse des comédiens au moment de l’emprisonnement, rajoutant à la solitude et à l’oppression de ces jours. Le jeu est impeccable, Gladys Guilbaud est parfaite dans le rôle de la muse qui sera délaissée pour Edith Harms, ici devenue un pantin en chiffon, le double corps d’Egon, incarné par Eddy Wonka et Emmanuel Georges, vit de façon impeccable dans une tension attirante.

On sort de « J’aimais tant, j’aime les contradictions » avec le sentiment d’avoir appris sur la vie du peintre à la vie éclair, mort à 28 ans de la grippe espagnole. Stéphanie Fumex se sert du fil biographique pour faire vivre les peintures de l’artiste. Une plongée dans belle réussite.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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