Théâtre
Égo-système, le musée de votre existence de Raphaël Callandreau

Égo-système, le musée de votre existence de Raphaël Callandreau

16 juin 2022 | PAR La Rédaction

 

Repérée au Off d’Avignon en 2019, Égo-système était pour quelques jours à l’Essaïon Théâtre à Paris. 

Par Chloé Bouquet

Raphaël Callandreau, lui-même chanteur et comédien, nous livre une pièce musicale entièrement à cappella autour de notre société et nos questionnements existentiels, créée dans le cadre du Festival Mises en Capsules.

Alban, un trentenaire célibataire et en échec professionnel, goûte un space cake lors d’une soirée entre amis qui le fera voyager, et nous avec, dans le musée de son existence.
Adolescence, amour de jeunesse fantasmé, secrets de famille, illusions égotiques, tout y passe, en danse et en chanson, avec une bonne dose d’humour pour saupoudrer le tout.
Nos quatre comédiens sont en effet également de vrais chanteurs dont la voix résonne sans micro. Raphaël Callandreau, l’auteur-compositeur de ce théâtre musical, a su lier de façon parfaitement adéquate la musique à la dramaturgie ; toutes les transitions entre les scènes et les chansons sont fluides et nécessaires, tout fait sens ; les voix résonnent et raisonnent, avec une profondeur philosophique et psychologique qui ne tombe jamais dans la creuse banalité, ce qui est assez rare pour être souligné.

Sans doute que l’harmonie (riche et inventive !) et la magie de l’art permettent une justesse et une lucidité sur la vie du trentenaire à la fois perdu et complaisant avec lui-même, et plus largement sur l’existence humaine, inatteignables par d’autres moyens. Le rire et la poésie apportent la bonne distance, la légèreté seule réellement pertinente pour aborder des sujets sérieux.

Égo-système fait honneur au spectacle vivant ; on n’a qu’une envie lorsque ces quatre artistes complets se mettent à danser, c’est de danser avec eux (chorégraphies que l’on doit à Johan Nus).

Ces soixante-dix minutes passent très vite et l’on en redemanderait bien ; mais l’on ne peut même pas faire le reproche de la courte durée du spectacle, car celui-ci forme un tout parfait dont rien ne semble pouvoir être retranché ni ajouté. C’est la qualité de la mise en scène (Nicolas Guilleminot) qui finit de lui donner cette nécessité caractéristique. On en redemande, mais on n’a pas cette sensation désagréable d’inachèvement ou d’insuffisance ; il arrive que le temps ne se compte pas en quantité mais en qualité. Dense sans être écrasant, égo-système sait capter l’attention du spectateur en ne lui donnant ni trop peu, ni trop d’informations en même temps.

Au-delà des prouesses techniques (le chant à cappella, Vincent Gilliéron qui change quatre fois de personnage en quelques secondes pour transcrire le désordre mental d’Alban, lui-même et Adrien Biry-Vincente – interprète d’Alban – puis Cloé Horry et Marie Glorieux qui se mettent à dire le même texte au même moment en parfait unisson), c’est leur justesse aussi bien dans le jeu que dans la musicalité qui est admirable.

La vivacité du personnage de la guide est contagieuse, la finesse des nuances (musicales) de Cloé Horry, envoûtante…

Bref, on ressort du théâtre de l’Essaïon le sourire aux lèvres et la tête un peu mieux faite, prêt à croquer la vie à pleines dents et à faire la fête.

Égo-système reprendra pour neuf dates à la rentrée de septembre : une chance !

Vous ne regretterez pas d’aller voir ce spectacle aussi original qu’intelligent, interprété par des artistes auxquels on a envie de dire merci avant de dire bravo.

Visuel : Affiche

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