Théâtre

…du printemps! au Festival d’Avignon : le sacre de l’âge

…du printemps! au Festival d’Avignon : le sacre de l’âge

15 juillet 2011 | PAR Christophe Candoni

Collaborateur artistique de Patrice Chéreau sur de nombreuses créations récentes et au Festival d’Avignon cet été pour la sublime mise en scène de « I am the Wind » , Thierry Thieu Niang, danseur et chorégraphe, travaille à travers le théâtre, la danse et l’opéra à explorer l’expression du mouvement et des corps. Pour deux soirées, les 14 et 15 juillet 2011, il s’associe avec Jean-Pierre Moulères pour donner à voir une version originale du célèbre « Sacre du Printemps » de Stravinski dans le gymnase de la Cour du Lycée Saint-Joseph. Une vingtaine de danseurs amateurs marseillais, soixantenaires et au-delà, occupe le plateau sous sa direction. Ils se livrent dans une course où la danse est un parcours de vie, une métaphore filée de l’existence.

Depuis que le Sacre du printemps a vu le jour en 1913, le chef d’œuvre de Stravinski a inspiré les plus grands chorégraphes de Maurice Béjart à Angelin Preljocaj en passant par Pina Bausch. La pièce ne comporte pas d’argument à proprement parlé, sa lecture est donc ouverte. Pour Thierry Thieu Niang et Jean-Pierre Moulères, elle est une expression du temps qui galope et des êtres qui le suivent jusqu’à n’en plus pouvoir. La chorégraphie présentée est on ne peut plus sommaire mais particulièrement physique, simplement écrite autour de la figure du cercle. La danse repose sur l’énergie collective, l’engagement des interprètes, leur effort, leur dépassement de soi. Le temps prend chair et os à travers un homme en short et baskets, une allégorie athlétique et galopante qui du début à la fin trace sa route, immuable et indomptable, faisant tours sur tours, avant même que retentissent les légers sons inauguraux des flûtes et du piccolo et jusqu’aux cymbales finales. Le chœur composé d’hommes et de femmes habillés en noir, anonymes avec des perruques sur la tête, reproduit le circuit sur le rythme dynamique de la partition (l’enregistrement de 69 par Boulez à la tête de l’orchestre de Cleveland), allant de la marche lente à la course effrénée. Ils s’y jettent à corps perdus selon leur capacité, dans un élan vital et libérateur. Ils s’offrent entièrement, communiquent leur énergie au groupe, et arrivés au bout de leurs forces, ils se retirent un à un du groupe, prennent place sur le côté. Chronos surpasse fatalement l’humain même le plus endurant.

La représentation d’une vieillesse sans tabou, sans excès de pudeur, est devenue comme un leitmotiv dans la mise en scène contemporaine, qu’elle agace ou émeuve. On se souvient de Gardenia de Platel, de l‘Iphigénie de Warlikowski dans une maison de retraite. Dans cette version du Sacre, elle se montre une fois de plus, sans complexe, en plein effort, essoufflée, vulnérable, se dévêtit à mesure que progresse la ronde infernale, affiche un corps antipublicitaire mais bien vivant. Ce rituel du Sacre du printemps est ici une célébration touchante de l’âge avancé et de sa vitalité.

 

Photo, Christophe Raynaud De Lage

 

A Villeneuve, une traversée dans le mythe d’Oedipe par Matthias Langhoff
Premier roman : les Morues de Titiou Lecoq
Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III).Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

Une réflexion sur « …du printemps! au Festival d’Avignon : le sacre de l’âge »

Commentaire(s)

  • drixe

    Ce spectacle est magnifique à de nombreux titres. La tension dramatique du cercle infni et des efforts qui devront être finis, la pureté de l’engagement de ces « êtres dansants » et au-delà une preuve que l’art peut aussi être magnifiquement porté par d’autres que des praticiens professionnels. C’est touchant, mais surtout beau. Merci.

    juillet 17, 2011 at 1 h 06 min

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *