Théâtre
Dramuscules : Judith Magre et Catherine Salviat incarnent le banal choc de Thomas Bernhard au Théâtre de Poche Montparnasse

Dramuscules : Judith Magre et Catherine Salviat incarnent le banal choc de Thomas Bernhard au Théâtre de Poche Montparnasse

05 décembre 2013 | PAR Yaël Hirsch

 

 

Dans une mise en scène élégante de Catherine Hiegel, les deux immenses actrices et Anthony Cochin jouent les trois premiers textes des Dramuscules, de l’auteur autrichien Thomas Bernhard, trois scènes un peu mornes  de la vie quotidienne où le ton monte vers une violence et un racisme à la limite du supportable…

[rating=4]

Dans une première scène, deux petites dames (Judith Magre et Catherine Salviat) sortent de la messe et trouvent un cadavre sur le chemin ; ce dernier est emballé, ce qui donne lieu à maints débats et commentaires aussi absurdes que terre à terre. Toujours à la sortie de la messe, alors que le fossoyeur creuse une tombe, la deuxième scène montre deux autres femmes (mais les mêmes actrices) en train de commenter les dernières actualités locales, et notamment le décès d’un certain monsieur Geissrathner.

Après une envolée de racisme aussi ordinaire que violent, Catherine Salviat joue les Julien Lepers des plus grands clichés du racisme littéraire : un texte sur les noirs, les juifs ou les musulmans est lu, la date est fournie et le public éclairé doit reconnaître Montesquieu, Emmanuel Kant, Jules Ferry ou des ministres et députés français des années 2000. L’intermède permet de respirer un peu hors de l’obsession de Thomas Bernhard pour la survie du nazisme en son propre pays et rapproche d’un public français les questions dérangeantes que posent les récitatifs d’injures à l’égard des étrangers et des non-chrétiens.

Enfin, la troisième et dernière scène présente un couple qui est décrit dans son intimité. Lui est policier et regarde un match de foot, on l’entend grommeler hors scène, tandis qu’elle (Judith Magre, dans un solo en robe de chambre éblouissant) repasse sa chemise en faisant un peu de politique exterminationniste…

De la sobriété, de la mise en scène et des costumes, du banal des mots et des situations, une violence monte doucement, d’abord par la répétition des expressions, puis par leur crudité, proférée puis criée. Un racisme ordinaire d’autant plus violent qu’il viendrait ponctuer une saynète de téléfilm à la « Fais pas ci, Fais pas ça »… Adaptant avec brio pour un public français toute l’ironie et la férocité de Bernhard, Catherine Hiegel et ses deux comédiennes hors du commun dérangent comme il se doit le spectateur qui rit jaune de malaise… Effet réussi !

Dramuscules, de Thomas Bernhard, mise en scène Catherie Hiegel, avec Judith Magre, Catherine Salviat et Anthony Cochin, durée du spectacle : 1h. Mar-sam : 19h, dim : 17h30.

Visuel : © Pascal Gely

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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