Théâtre

Didier Long à l’exploration du désir dans l’Amant de Pinter

24 septembre 2010 | PAR Christophe Candoni

Didier Long revient vers l’œuvre de Pinter (Prix Nobel de littérature en 2005) avec L’Amant qui se joue dans la salle Popesco du Théâtre Marigny. A l’opposé de la noirceur misérable et de la méchanceté du Gardien, le rôle qu’il avait offert à l’exceptionnel Robert Hirsch en 2005, il propose ici une mise en scène solaire, irradiante. Comme dans Mademoiselle Julie ou Equus, Didier Long s’intéresse au désir, hors-norme, scandaleux, indicible, destructeur… Léa Drucker et Pierre Cassignard jouent à deux un énigmatique trio amoureux, loin des stéréotypes du vaudeville, sur lequel repose toute l’ambigüité de la pièce.

Dans leur chic appartement (décor coquet, fluide et lumineux de Jean-Michel Adam), Sarah et Richard mènent une petite vie facile, aisée même, mais tellement rangée. Lui, est un homme aux fonctions importantes qui passe de longues journées au bureau ; elle reste à la maison, dévouée et attentive à son petit mari dont elle s’occupe avec soin. Didier Long plante le cadre lors d’une première scène muette et décrit très justement l’existence confortable et morne du couple à l’allure policée. La distance ironique et moqueuse dont il fait preuve est bienvenue ; il ouvre le spectacle sur une paire de charentaises particulièrement évocatrice puis nous fait assister au rituel quotidien du lever de l’homme et de la femme, du petit déjeuner, de la toilette… Comme toujours chez Pinter le dialogue est fragile, particulièrement elliptique et l’invention de ce préambule silencieux est franchement drôle. Les personnages affirment à plusieurs reprises qu’ils s’aiment mais Didier Long paraît lui-même suspicieux par rapport à cela. Il les présente très distants : ils s’évitent, se contournent comme des étrangers, ne parviennent pas à échanger (leur conversation est faite de bifurcation et de détours, de considérations météorologiques et de boulot), ils ne s’embrassent pas sur la bouche. Au-delà de l’essoufflement du couple, c’est le désamour et l’ignorance de l’autre que donne à voir le metteur en scène (est-ce un contresens ?) alors qu’il apparaît plutôt optimiste à la fin et donne l’impression d’une accalmie revenue.

Sarah reçoit son amant plusieurs après-midi par semaine et Richard se paie les services d’une prostituée. « La franchise coûte que coûte est essentielle pour un mariage sain » prétend Richard alors ils se tiennent au courant de leurs agissements personnels, se disent toute la vérité. Mais le besoin d’en savoir plus devient pressant, motivé par la jalousie, ou la curiosité, il questionne son épouse sur la mystérieuse relation qu’elle entretient avec Max son amant. Celui-ci apparaît sous les traits du mari puisque les deux rôles sont joués par le même acteur. Le spectateur plonge alors dans l’irrationnel. Didier Long nous laisse face au trouble semé par un texte propice aux interrogations. Il ne tranche pas et chacun imaginera le sens de cette scène centrale. S’agit-il d’un autre personnage, son amant sur lequel Sarah projette le visage de son mari, s’agit-il d’un jeu de rôle pervers auquel se livrent les époux ? Le metteur en scène se garde bien de fermer le champ des possibilités d’interprétations en n’apportant aucune réponse définitive, ce qui fait la force du spectacle qu’il propose.

Si l’ensemble est un peu sage, c’est surtout le tempérament des comédiens/caméléons qui est jubilatoire. Pierre Cassignard, d’abord étriqué dans son costume trois pièces rayé, se révèle envoutant et démesuré, d’une virilité bestiale, lorsqu’il joue Max. Son interprétation est nerveuse, charnelle, violente, comme celle de Léa Drucker qui est étonnante dans son rôle. Elle est à la fois la meneuse sexy sur des talons vertigineux et l’inévitable proie d’un jeu érotique dans lequel elle s’abandonne puis perd pied. Forte et vulnérable, davantage éprise de liberté que de sexe extraconjugal, elle épate et dit l’envie du personnage de sortir des conventions bourgeoises et de la banalité qui l’afflige.

L’Amant, au Théâtre Marigny, salle Popesco. Du mardi au samedi à 21h, et le samedi à 16h. Places de 25 à 45 euros (10 euros les mardi, mercredi et jeudi pour les moins de 26 ans).
Carré Marigny, 8 arr. M°Champs-Elysées Clémenceau. Location : 0 892 222 333 et www.theatremarigny.fr

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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