Théâtre

Didier Brengarth « Le grand écart théâtral »

Didier Brengarth « Le grand écart théâtral »

22 mai 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Nous avons rencontré le metteur en scène et comédien Didier Brengarth a l’occasion de la création de La Nuit à l’envers dont il a présenté une lecture récemment à La Boussole. L’occasion de parler politique culturelle avec celui qui avait monté le chef d’œuvre Les muses orphelines il y a déjà plus de dix ans.

Parlez moi de La nuit à l’envers. J’avais vu vos travaux sur les textes de Pierre Notte et là, on est dans quelque chose de moins cynique, moins drôle. Pourquoi avoir choisi ce texte de Xavier Durringer ? 

Cela est arrivé par hasard. Cela m’est tombé dessus. Je cherchais un texte à monter pour deux personnages. Stéphanie Colonna m’a donné La nuit à l’envers et j’ai adoré. C’est un uppercut au cœur qui est très rapide. En mise en scène, la pièce dure 1h/1h10.  C’est un texte très beau pour deux personnages et j’avais très envie de re-travailler avec Stéphanie Colona que j’avais dirigé dans Les muses orphelines, j’avais aussi envie de travailler avec Olivier Hardouin. C’est l’histoire de deux solitudes qui essaient de se rencontrer et qui s’échappent. Ils s’effleurent et repartent chacun de leurs côtés. Je trouve que c’est un texte très fort et très poignant, avec tout de même des légèretés au début. J’ai envie de le construire comme un polar. Je suis tombé en amour sur ce texte. C’est la deuxième pièce que Xavier Durringer a écrit. Il avait 23 ans. C’est une écriture très directe, très frontale. Il y avait une ambiance très forte qui se dégageait autour de la nuit, de la prostitution.

Avez-vous déjà pensé la scénographie de ce spectacle ?

Oui bien sur. Tout est déjà prêt dans ma tête. J’ai surtout envie de faire exister l’intérieur et l’extérieur. Ils se rencontrent dans la rue la nuit. La nuit à l’envers appelle un univers cinématographique. J’ai envie de faire une projection vidéo sur un tulle. Ce ne sera pas gratuit.

Où en est le projet.?

Suite à la Lecture au Théâtre la Boussole, le directeur du théâtre Pierre Théron qui nous a gentiment accueilli nous propose une programmation à l’automne. Maintenant, on part à la recherche d’une production.

C’est l’occasion de parler un peu de politique culturelle. Que signifie chercher une programmation ?

Là, on a la chance d’avoir déjà un lieu qui nous programme, cela devrait être plus simple de trouver quelqu’un qui injecte de l’argent dans la pièce. Souvent, on cherche les deux en même temps. Concrètement, il s’agit pour les acteurs et moi de jouer les commerciaux.

Vous êtes en ce moment entrain de travailler sur des projets très différents.

Le 3 juin, je fais la lecture d’un texte québécois au Théâtre du Ranelagh, je suis un grand fan du théâtre québécois. Cette fois, il s’agit du Ventriloque de Larry Tremblay. C’est un texte sur la construction mentale, la folie, mais aussi la famille qui est l’un de mes thèmes prédestiné. Ce sera joué par Patrick Catalifo, Valérie Decobert, Éric Guého et Emmanuelle Bougerol. Ils camperont neuf personnages. Comme pour La nuit à l’envers, on partira à la recherche d’une programmation et d’une production. Cet été, je serai en résidence à la Scène Nationale de Tarbes pour créer un spectacle sur l’identité que Willy Liechty est en train d’écrire. C’est un thème qui nous semble important à défendre au théâtre par les temps qui courent. A l’automne, je serai en répétition pour un spectacle qui sera en tournée en 2016. Là, c’est un grand écart, il s’agit d’une comédie très drôle et très féroce où un jeune publicitaire doit louer des faux parents pour satisfaire les désirs fous de son employeur. Ce sera joué par Natacha Amal, Willy Liechty, Paul Belmondo, Frédéric Gorny et Philippe Rambaud.

Comment, dans votre métier, gérez-vous ces « grands écarts » qui sont aussi des grands temps d’attente ?

C’est un peu les montagnes russes ce métier. Il y a eu il a quatre ans le Pierre Notte : Les couteaux dans le dos, les ailes dans la gueule. Les Muses Orphelines c’était il y a dix ans. On avait crée le spectacle à l’Esclave Bar, une boite gay, pendant Festival d’Avignon. On avait rien, on était cinq au café Beaubourg, un projet et pas un centime. On a commencé dans ce bar, on a fini le Festival Off en positif, on était complets. Je pense qu’aujourd’hui, mettre en scène un spectacle avec des comédiens inconnus serait impossible. Les muses ont agi comme un tremplin et cela a surtout été une aventure humaine extraordinaire.

Et entre deux ?

On gère… j’enseigne à l’Atelier Off. Le fait d’enseigner à des gens qui n’ont jamais fait de théâtre fait du bien. On vit aussi, on tombe amoureux, on construit une relation. Et dans ce cas là on fait moins de théâtre et on vit un peu plus.  C’est le grand écart théâtral.

Visuel : DR

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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