Théâtre

Dialogue aux enfers Machiavel-Montesquieu

Dialogue aux enfers Machiavel-Montesquieu

16 mars 2012 | PAR Sandrine et Igor Weislinger

Aux enfers, sur une plage déserte, les âmes perdues de Machiavel et de Montesquieu se rencontrent et entament une discussion politique. Les attaques de Machiavel font face au calme imperturbable de Montesquieu, vision pessimiste et vision humaniste s’opposent. Machiavel s’appuie sur la loi du plus fort, Montesquieu lui oppose le droit constitutionnel et la liberté des peuples. Dans une brillante joute verbale audible de tous, il nous est démontré que la politique n’a pas changé de visage car ce texte de Maurice Joly datant de 1864 n’a pas pris une ride.

Maurice Joly a été emprisonné deux ans pour ce texte qu’il a écrit en 1864 contre le gouvernement de Napoléon III, gouvernement dont Machiavel se fait ici le porte-parole, présentant la tyrannie comme le plus efficace des régimes. L’auteur traite de la manipulation employée par un homme au pouvoir pour faire régner la terreur et triompher sa manière de penser. Le personnage de Montesquieu tente de réfuter ces propos en s’appuyant sur les lois, la nécessité de séparer les pouvoirs et la clairvoyance populaire qui, pense t’il, ne saurait longuement consentir à une dictature. L’Histoire a, à maintes reprises déjà depuis la parution de ce texte, montré que le point de vue soutenu par Machiavel était non seulement réalisable mais plus encore réalité.Montesquieu prône le libéralisme et la séparation des pouvoirs dans le gouvernement. Mais ses arguments, qui sont efficaces dans un régime libéral, peuvent être être mis en péril à tout instant par la prise de pouvoir d’un seul homme désireux de régner seul.

Cette discussion passionnante n’a jamais cessée d’être d’actualité et l’est toujours aujourd’hui, plus encore peut-être même en ces temps d’élection. S’il n’y a pas de surprise réelle dans ce texte si ce n’est son incroyable fraîcheur près de deux siècles après sa parution, à laquelle l’adaptation de Pierre Fresnay et J-M Charton revisitée par Pierre Tabard et Fabienne Périneau contribue certainement, nous pouvons néanmoins nous interroger sur la portée religieuse de ce pamphlet. Car, au final, une seule chose parait étrange dans ce remarquable dialogue à deux voix: nous nous demandons pour quelle raison Montesquieu finirait-il aux Enfers. En effet, ses propos dans cette joute ne nous éclairent pas sur ce point. Une question se pose alors: ces Enfers sont-ils à prendre au sens propre, s’agit-il bien de ceux dont il est question dans la Bible et, punis de pêchés commis dans leurs vies dont nous n’avons pas connaissance, Machiavel et Montesquieu seraient-ils condamnés à y errer en âmes damnées ou les Enfers figurés ici ne sont-ils pas plutôt psychologiques? Car nous pouvons le dire en voyant cette pièce, faire de la politique est manifestement un Enfer de quelque bord que soit les candidats!

Un énorme bravo aux deux acteurs, Jean-Paul Bordes (Machiavel) et Hervé Dubourjal (Montesquieu) pour cette remarquable performance pleine de subtilité qui nous tient en haleine avec très peu d’effets: un décor simple mais efficace, véritable boîte de Pandore, des éclairages discrets et pertinents créant avec les effets sonores des changements d’ambiance et entretenant une peur, une crainte sourde, celle que tout complot politique fait éprouver à ses auteurs. Un spectacle digne de rallier tous les suffrages, une excellente réflexion politique à ne pas manquer avant les élections.

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