Théâtre

Dernière station avant le désert égratigne l’American Dream

22 septembre 2010 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Lorsque « Dernière station avant le désert » fut représenté au Texas, l’auteur, Lanie Robertson dut quitter l’Etat à la hâte devant les menaces de mort qu’il reçût. On l’accusa de cracher sur l’Amérique et d’insulter l’armée. Bienvenu dans une bonne pièce au sujet brûlant. Ce texte fort est habilement mis en scène par Georges Werler au Petit Saint Martin jusqu’au 20 novembre.

Bagdad Café, les pièces de Lee Hall, les films d’Altman, les cafés d’Hopper… les réminiscences se bousculent face au décor de station service US à la lumière glauque. Une jolie femme mime une canicule peu crédible dans ce lieu plutôt glacial. Deux hommes sont là aussi, un vieux , un jeune pour la jouer courte. Salopette en jean, pas de doute, Lanie Robertson nous emmène au far west. On comprend vite qu’un trio amoureux est installé, au point que Clancy ( Emeric MARCHAND ) soit prêt à tuer Pete (Vincent GRA SS ) pour les bas coutures et le boa kitch de Sally (Florence MULLER ). A moins que le réel ne soit pas où on l’attend. La manipulation klaxonne tout prêt de la pompe à essence, et tout bascule.

Après un premier acte trop long dans l’installation, la pièce prend son envol et gagne en tension, cynisme et coups de théâtre réussis. Le texte est porté par une belle troupe de comédiens ayant tous de belles carrières. On retrouve avec bonheur l’homme orchestre qu’est Vincent Grass, homme de cinéma (Un Barrage contre le Pacifique), voix célèbre (John Rhys-Davies dans le Seigneur des Anneaux) , il est ici un parfait pervers violent qu’il est plaisant de détester. Sally aime se « fremousser », pratiquer le sexe hardcore et a le sens de la formule trash et rigolote. Emeric Marchand campe un Clancy paumé à souhait entre ses cauchemars de guerre et son travail sans but à la station service.

Ce trio auquel s’ajoute l’excellent Frédéric Pellegeay , comédien ayant déjà foulé le plateau de la Cour d’Honneur pour Henri 6 et joué sous la direction de Vincent ou encore Mesguish. Il est ici un Major tout droit sorti des Experts Las Vegas. Juste parfait.

Cette pièce résolument politique est un coup de gueule poussé très fort et très cru contre la raison d’Etat et les années Bush. La manipulation des individus est au cœur de ce pamphlet assez réussi et agréablement monté par Georges Werler.

Dernière station avant le désert, théâtre du Petit Saint Martin, 17 rue René Boulanger, M. Strasbourg Saint Denis, jusqu’au 20 novembre, du mardi au samedi à 20h30, matinée le samedi à 17h. 0142023282, durée 1H30, 30/ 17 €.

photo LOT.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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