Théâtre
Décevant Malade imaginaire par Thalheimer à Berlin

Décevant Malade imaginaire par Thalheimer à Berlin

23 janvier 2017 | PAR Nicolas Chaplain

Michael Thalheimer est reconnu en Allemagne et en France pour ses lectures sagaces et percutantes des œuvres du répertoire, pour la violence et la modernité qu’il exacerbe de chacune d’elles. Sa recherche rigoureuse de l’essentiel, la radicalité et la beauté esthétique qu’il développe avec Olaf Altmann son scénographe font de lui un des plus grands metteurs en scène actuels en Europe. Pourtant, sa version du Malade imaginaire présentée à la Schaubühne de Berlin déçoit tant le propos est épais et grotesque.

Sur un fond de musique d’orgue grandiloquent, Argan apparait comme projeté des coulisses, assis sur un fauteuil roulant dans une très petite cellule dont les murs et le sol sont recouverts de carreaux en faïence blanche. La pièce de Molière est une comédie, influencée par la commedia dell’arte dont on retrouve les ficelles : les sentiments amoureux de la jeune fille contrariés par l’autorité paternelle, le secours d’une servante habile, impertinente et gouailleuse, la satire contre les médecins, etc. Michael Thalheimer ne se prive pas des gags potaches et scatologiques. Argan se vomit dessus, tousse, crache, éructe, flatule. On rit de bon cœur lorsque Toinette, interprétée par Regine Zimmermann, vient changer le malade et lui retire sa couche pleine de caca, la renifle, joue avec ou bien lors de son irrésistible métamorphose en infirmière sexy pour ausculter Argan en lui grimpant dessus et en lui offrant son corps.

Peter Molzen, qui joue Argan, livre une performance d’acteur géniale tant sa partition est physique. Il tient toutes ses mimiques à la de Funès et ne s’essouffle jamais. S’il nous surprend avec des grimaces, des ruptures, des jeux de langages, la peur et la folie l’habitent constamment. Ce malade est un clown blanc capable des pires excès et l’acteur se montre tour à tour terrifiant, menaçant, colérique, tyran, danseur, enfantin et désarmant.

Pourtant, l’hystérie, l’outrance et la laideur de l’ensemble sidèrent et ennuient. Les comédiens surexcités et maniérés nous épuisent en débitant leur texte à toute berzingue et sans nuance. Les costumes baroques qu’ils portent sont hideux, les perruques et postiches ringardes ainsi que les tenues bariolées semblables aux horreurs qu’on croyait ne voir que dans les mises en scène d’Herbert Fritsch. Est-ce par paresse que le metteur en scène livre une lecture réductrice et stupide de la pièce comme une simple farce totalement dénuée de sincérité, de sensibilité, de modernité ? Pourquoi avoir préféré le choix facile et racoleur de la grossièreté exagérée à celui de la représentation profonde de la misère humaine ? Pour transgresser ? Aucun outrage ici tant la caricature est complaisante, superficielle et peu féroce.

Devant la vacuité de ce propos bouffon, on ne peut que regretter l’intensité des silences, la violente simplicité, le dénuement évident, la densité et l’impertinence, la subtile humanité dont étaient empruntes les mise en scène de Hauptmann (Les Rats), Wedekind (Lulu), Kleist (Penthésilée), Horvath (Légendes de la forêt viennoise), Koltès (Combat de nègre et de chiens) entre-autres. Les dernières secondes de cette représentation pénible sont pourtant saisissantes. Argan hurle « Je suis malade. Vous êtes malades. Vous êtes tous malades », se fracasse la tête contre les murs et s’écroule dans son fauteuil la tête couverte de sang.

A la Schaubühne, le 20 janvier 2017. © Katrin Ribbe

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