Théâtre
Drôles et tragiques « Légendes de la forêt viennoise » par Michael Thalheimer

Drôles et tragiques « Légendes de la forêt viennoise » par Michael Thalheimer

16 décembre 2014 | PAR Christophe Candoni

L’humanité âpre et triste de Ödön von Horváth grimace et ploie sous les flonflons Straussiens et les confettis bigarrés dans les tragi-comiques Légendes de la forêt viennoise magistralement mises en scène par le berlinois Michael Thalheimer.

Sur le plateau dépouillé où baigne une obscurité de néant, aucun point de fuite ni échappatoire. Les acteurs tiennent séance autour d’une table engouffrée en fond de scène. Puis ils se présentent crûment à la rampe, simplement droits, debout, alignés, obstinément combatifs et tellement vulnérables. A travers eux, se dessine une société en crise, un monde artificiel et en perdition. Alors que la jeune et innocente Marianne (émouvante Katrine Wichmann, toute en force et délicatesse mêlées), fille de commerçant, doit se fiancer au riche et respectable Oscar (formidable Peter Moltzen en nigaud pathétique), elle succombe au charme d’Alfred, (Andreas Döhler, escroc bohème). Répudiée par la bonne société petite-bourgeoise, elle entame une véritable descente aux enfers, doit se séparer de Leopold, son enfant, devient danseuse nue dans un cabaret, et fait de la prison.

Thalheimer montre l’univers de Horváth dans toutes ses mesquineries et ses travers jusqu’à un point culminant de loufoquerie et de férocité. En adoptant un ton blagueur proche du slapstick et une dure dure gravité, il amplifie la violence et les émotions à la fois dérisoires et déchirantes d’une des plus belles pièces du dramaturge de langue allemande.

Rien de spectaculaire mais plutôt une simplicité évidente dans la mise en scène où les comédiens sont rois. Formidablement dirigés, les acteurs du Deutsches Theater de Berlin épatent par leur jeu vif et virtuose, à la fois distancié et criant de vérité. On plonge grâce à eux dans la part d’ombre mais aussi d’infime lumière des personnages. Mention spéciale à Almut Zilcher qui joue une Valérie exubérante et cassée.

Thalheimer expose sans concession une humanité bête et méchante qui se désagrège, apathique derrière de pauvres et grimaçants masques en carton comme rangée derrière les œillères étroites de ses valeurs passéistes, aveugle à la misère sociale et affective, insensible au désir d’amour. La pièce écrite en 1931 annonce la menace de l’extrême droite et du fascisme montant en Allemagne comme en Autriche et laisse présager, sous ses attraits de fausse fête, que le pire reste à venir. C’est bouleversant.

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