Théâtre
[Critique] « L’Impasse » de Quentin Mermet, ou le plaisir du vertige et de la désorientation

[Critique] « L’Impasse » de Quentin Mermet, ou le plaisir du vertige et de la désorientation

18 avril 2015 | PAR Matthias Turcaud

On aurait pu croire que les productions des anciens du Cours Florent sont assez formatées, ici pourtant L’Impasse de Quentin Mermet interroge avec malice ce qu’on peut attendre d’une pièce de théâtre dans un système de mises en abyme emboîtées comme des Matriochka qui procurent un délicieux vertige.

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On se croirait au départ dans une musique de Steve Reich, tant le spectacle ne semble pas avancer, enchaînant les débuts avortés, les noirs, les reprises – de façon, d’ailleurs, assez musicale – et montre derechef qu’il porte excellemment son titre.

Sous couvert d’exercice de style répétitif, la création de Quentin Mermet nous met en fait dans un pur état de jubilation, s’avérant vite bien plus drôle que toutes les comédies bas de gamme qui envahissent les théâtres privés de la capitale.

En apparence, L’Impasse ne raconte pas grand chose voire rien et  ne cesse de stagner, mais au fait la pièce – si on peut l’appeler « pièce » tant elle s’ingénie avec une obstination bien trempée à chambouler joyeusement ce concept – permet de plonger dans les arcanes de la création, et de se poser les questions fondamentales, mettre à plat, faire le point.

Comment écrire ? Comment créer ? Comment mettre en scène ? Comment jouer ? Qu’est-ce qu’écrire, créer, mettre en scène, jouer – et le jeune metteur en scène consacre d’ailleurs son mémoire en arts du spectacle à l’université de Nanterre à la question du non-jeu ? En outre, que raconter ? Y a t-il des sujets plus nobles et plus légitimes que d’autres – des small talks dans un parc, un homme qui se liquéfie, un moineau mort, un gâteau qu’on est censé partager ? La reine des questions doit-elle être : « A quoi ça sert le théâtre ? » – comme le metteur en scène le demande à des passants dans une vidéo réalisée par Nina Aboutajedyne, jeune réalisatrice et étudiante en cinéma à la Sorbonne Nouvelle – ou « La pièce va-t-elle durer 1h10 ou 1h15, ou plus? », un point qui semble tarauder sans discontinuer toutes les personnes présentes sur le plateau.

En définitive, davantage que de raconter une histoire, L’Impasse s’impose comme un manifeste pour un théâtre participatif, ouvert, drôle et tourné vers son public, toujours en question et ne se reposant jamais sur ses lauriers ; ce qui est, à y songer, peut-être bien plus précieux. On regrette seulement le rôle très réduit des deux jeunes femmes – Aliocha Arbogast et Charlotte Blouzet -, mais, à part cela, la pièce vaut vraiment le détour. A découvrir les lundis et mardis à 20h au Funambule Montmartre jusqu’au 28 avril !

Crédits photos : droits réservés.

L’Impasse créé par Quentin Mermet. Vidéo de Nina Aboutajedyne. Avec Aliocha Arbogast, Charlotte Blouzet, Michaël Gentikian, Ludovic Lacroix, Quentin Mermet. Compagnie Les Doux Barbares. Au Funambule Montmartre, 53 rue des Saules (18ème). Téléphone : 01 42 23 88 83.

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Matthias Turcaud
Titulaire d'une licence en cinéma, d'une autre en lettres modernes ainsi que d'un Master I en littérature allemande, Matthias, bilingue franco-allemand, est actuellement en Master de Littérature française à Strasbourg. Egalement comédien, traducteur ou encore animateur fougueux de blind tests, il court plusieurs lièvres à la fois. Sur Toute La Culture, il écrit, depuis janvier 2015, principalement en cinéma, théâtre, ponctuellement sur des restaurants, etc. Contact : [email protected]

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