Théâtre
[Critique] « La Comtesse d’Escarbagnas », comédie-ballet de Molière au Funambule: la dernière ce samedi

[Critique] « La Comtesse d’Escarbagnas », comédie-ballet de Molière au Funambule: la dernière ce samedi

01 mars 2014 | PAR Olivia Leboyer

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La Comtesse d’Escarbagnas, courte pièce d’à peine une heure, est sans doute l’une des pièces de Molière les moins connues. Or, elle offre un doux vent de folie, très rafraîchissant. La jeune troupe des Oracles Imparfaits nous fait passer un agréable moment : ne manquez pas la dernière, samedi 1er mars !

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Le titre fait déjà sourire : un nom un peu biscornu, légèrement ridicule. A l’image de ladite Comtesse, une veuve obsédée par la noblesse, les titres, l’étiquette. Vivant à Angoulême, elle rêve aux mondanités parisiennes. Lorsque la pièce débute, La Comtesse d’Escarbagnas revient précisément d’un voyage de deux mois à Paris. Exaltée, elle prétend avoir « vu toute la Cour », avoir enflammé plusieurs cœurs de gentilhommes, avoir ses entrées partout. Autant de fantasmes mensongers qu’elle soutient avec aplomb. Le personnage fait évidemment penser au Bourgeois Gentilhomme. Ici aussi, la Comtesse se voit moquée, tournée en dérision, par des personnages qui s’imaginent bien plus intelligents qu’elle. Le Vicomte et Julie, amants séparés par une brouille entre leurs parents, se servent ainsi d’Escarbagnas pour se ménager de tendres rendez-vous. Et l’occasion de s’amuser est si belle ! La Comtesse concentre les ridicules, son snobisme tâtonnant prêtant naturellement à rire. Comme toujours chez Molière, la Comtesse n’est pas le seul personnage dont la pièce se moque : le Vicomte et Julie, dans leur cruauté ordinaire, ne sont pas ménagés. Un peu féroce, la pièce s’échappe néanmoins vers d’autres contrées, plus légères. Il s’agit en effet d’une comédie-ballet, dans la droite ligne du Bourgeois Gentilhomme ou de Monsieur de Pourceaugnac. La folie douce, la danse, prennent le pas sur la satire, dans la bonne humeur générale. Avec très peu de moyens, la comédie-ballet miniature parvient à nous communiquer du plaisir.

C’est à cette aimable euphorie que nous convie la jeune troupe des Oracles Imparfaits. Les comédiens s’en donnent à cœur joie, forçant le trait vigoureusement, en parfait accord avec l’esprit de la pièce. Elodie Merciadri campe une Comtesse d’Escarbagnas haute en couleur et assez touchante dans sa candeur. Dans le rôle plus délicat de Julie, charmante petite peste, la jeune Lucille Bobet est très juste.

C’est la dernière samedi : l’occasion de passer une soirée détendue au Funambule, avant de dîner dans Montmartre.

La Comtesse d’Escarbagnas, comédie-ballet de Molière, mise en scène par Nicolas Rigutto, 1h10, avec Lucille Bobet, Maxime Feton, Alexandre Filippini, Elodie Merciadri, Cyriel Mercier, Alexandre Vanière, Martin Verschaeve, Théâtre Le Funambule Montmartre, du mercredi au samedi à 20h, du 29 janvier au 1er mars.

visuels: affiche et photo officielles du spectacle.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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