Théâtre
Courts-circuits : François Verret en panne de talent

Courts-circuits : François Verret en panne de talent

18 novembre 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Vu à Avignon (voir notre critique), les Courts-circuits de François Verret arrivent à Paris au Théâtre la Ville. Dans une proposition séduisante visuellement qui vacille entre ballet dansé, théâtre, concert et installation vidéo, il se perd à trop vouloir en faire.

Un mépris de la société de consommation se dégage finalement de ce spectacle flou. Sur le plateau des espaces multiples cohabitent, ici un musicien, là des blocs noirs, là un tapis de danse. Tour à tour puis ensemble, les comédiens et les danseurs viennent hurler de façon saturée leur mal-être. Dans un mépris du spectateur les paroles sont dites en Russe, en espagnol, en italien, en anglais et légèrement en français sans qu’aucune traduction ne soit proposée, cela n’est sans doute pas assez chic.
Dans Courts-Circuits, on voit des êtres en perte de vitesse, perdu dans leur monde, isolés.  » Ils passent, ils sont passés, perdus de vue, disparus, on ne les voit pas ». Le spectacle vient interroger un thème éculé, celui de la solitude dans un monde plein. Meg Stuart fait de même avec son bouleversant Violet, et Jan Fabre, dans le même parcours que François Verret, dans la cour du lycée Saint Joseph puis au Théâtre de la Ville avait, avec son Orgie de la Tolérance fait de nos addictions commerciales un symptôme sociétal.

Ici, François Verret s’inspire, en allant jusqu’au plagiat de ses contemporains. Voilà une cage en verre, une femme sexy, perruque, qui déblatère. On a vu la même scène dans Apollonia, puis dans le Tramway, tous deux signés Warlikowski. Par hasard, comme oubliées, quelques moments sublimes persistent. Un solo de danse hip hop qui ici glisse jusqu’à retourner le danseur, tête en bas, pour voir le monde de plus près. Tel aussi, ce nuage de brouillard, qui bien plus que tout le spectacle vient dire : nous ne faisons que passer.

Pris séparément, les différents temps du spectacle sont magnifiques. Mais la scénographie déplorable par son encombrement dénué de sens empêche toute compréhension et toute émotion. Alors, oui, la lumière est parfaite, les danseurs prodiges, les musiciens étonnant. Oui, sur le papier l’idée d’un décor puzzle et d’une arrière scène accueillant une autre scène sous néon est attirante, tout cela est bien le minimum pour une programmation au Festival d’Avignon puis au Théâtre de la Ville, mais cela ne fonctionne pas pour autant.
Ce que François Verret dénonce devient inaudible par trop de matraquage. L’entreprise brocardé, ici symbolisé par les tailleurs et les costumes, le culte de la beauté présenté comme douloureux dans la bouche de cette femme qui demande « validez moi », « aimez-moi ». Toutes les affres de notre société y passent dans ce lieu qui se veut exutoire. Cela aurait pu être pertinent. Quoi de plus juste aujourd’hui que de parler de la perte des tensions dans le vivre ensemble ?

Si le message est clair, il se décrypte immédiatement en laissant peu de place à une montée en puissance du jeu. Verret passe en force et se faisant, il nous laisse sur le bord de la route.

Visuel : (c) Brigitte Enguerand

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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