Théâtre

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Cœur ténébreux, obscure prestation de Josse de Pauw sous la direction de Guy Cassiers

07 décembre 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le Festival d’Automne et le Théâtre de la Ville présentent le nouveau spectacle du flamand Guy Cassiers dont nous avions adoré, à Avignon, le spectaculaire Sang et Roses. Avec « Cœur ténébreux », l’exploration reste historique pour nous emmener dans le Congo de Joseph Conrad. Si la scénographie sublime permet de tenir la pièce debout, le jeu hésitant de Josse de Pauw nous déçoit.

« Cœur ténébreux » est une adaptation juste du roman de Joseph Conrad, « Au cœur des ténèbres » publié en 1902. L’histoire est la même, celle d’une fin de soirée, longtemps après, où le capitaine Marlow raconte ces temps où il travaillait pour une compagnie Belge partie conquérir le Congo, au cœur de la ténébreuse et hostile jungle où les blancs font des noirs leurs esclaves, où les tribus s’opposent et se massacrent, avec comme fil conducteur le trafic d’ivoire. Tout le long de ce voyage infernal semé d’embuches, il est à la quête du charismatique Kurtz, dont tout le monde lui parle. Il est héros et bourreau, en tout cas, il obsède.

Dans la scénographie hypnotique de Cassiers, Marlow est seul en scène et pourtant, le sentiment d’une pièce à plusieurs comédiens est bien là par le biais d’un artifice formidable : les autres personnages arrivent en vidéo sur des panneaux avançant, glissants sur le côté et reculant. Ils interagissent avec le personnage réel sur scène comme pour illustrer le rêve par nature irracontable. Dans un procédé déjà utilisé pour Sang et Roses, il mêle les identités à merveille et dans un glissement de symbiose, fait de Marlow son Kurtz.

Le texte est une condamnation de la folie humaine. Le colonialisme est ici dénoncé comme un acte absurde soumettant les colons à la démence.

La mise en scène repose sur le comédien seul, à l’instar de Rouge Décanté, présenté au Cloître des Célestins en 2006. Dirk Roofthooft était seul en scène dans une interaction vidéo au cœur d’un plateau rouge. La plastique était superbe. Ce spectacle était le troisième monologue d’une tétralogie centrée sur la mémoire. Cœur Ténébreux est la suite de ce travail. Ici, les lumières et le décor fonctionnent et nous emmènent réellement dans la jungle. La symbolique de l’attaque du bateau de Kurtz tient du génie. La question permanente de la pièce est « comment transmettre ? », une question d’une telle exigence ne peut tolérer aucun écart de jeu. Josse de Pauw hésite, bafouille, se reprend. Le texte est massacré dans un enchainement catastrophique, le public perd le fil, part, s’essouffle, rendant le comédien encore plus hésitant. Le spectacle est gâché, reste les images, inoubliables, comme toujours, chez le metteur en scène.

Visuel : © Koen Broos

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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