Théâtre

Christophe Honoré, Nouveau Roman, le temps de comprendre

Christophe Honoré, Nouveau Roman, le temps de comprendre

09 juillet 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

1H45 annoncée sur le programme, 2H10 sur le dossier de presse, 3H15 sur le panneau du Lycée « St Jo » et 3H40 au final. C’est dire si parler du Nouveau Roman, genre littéraire révolutionnaire aujourd’hui quasiment oublié, et titre du nouveau spectacle de Christophe Honoré, ne rentre dans aucune case. A spectacle exigent, il faut du temps et de la patience. Pitié, ne fuyez pas à l’entracte.

Dans les années 50, les salons feutrés respirent encore la guerre et la désuétude. La moquette est chargée, les chaises lourdes. Les écrans sont déjà là, partout, alors que dans un coin surgit une machine à café. La modernité est en marche.

Dans ces années là, des auteurs sont réunis, bien malgré eux par leur style si différent : « Changer de façon de dire », faire de Balzac « un bon ennemi » ; eux ils « écrivent avec » leur « époque ». On rencontre des comédiens fulgurants de talent que Honoré-frère ( Claude Mauriac ) nous présente. On retient surtout Brigitte Catillon en Michel Butor gouaille d’enfer, Annie Mercier en Jérôme Lindon clopeuse invétérée à la voix grave et Mélodie Richard en pétillante Catherine Robbe-Grillet. Aux côtés de ces creuveuses de plateau les autres font bonne figure : Jean-Charles Clichet en Robbe-Grillet, Sébastien Pouderoux en Claude Simon, Mathurin Voltz en Robert Pinget, Benjamin Wangermee en Ollier puis Sagan. Anaïs Demoustier en Marguerite Duras et Ludivine Sagnier en Nathalie Sarraute n’arrivent pas à investir la scène, sauf, quand la caméra les frôle, là, elles pètent l’écran.

Oh oui, ça fait du monde et du beau monde. Nous voilà plongés dans l’histoire des Editions de Minuit, maison d’édition dirigée alors par Jérôme Lindon qui a osé publier ces auteurs nouvelle vague. Les comédiens parlent derrière des micros en pied pour dire à quel point ces auteurs étaient les people de leur époque, toujours à la radio et à la télévision.

Avant l’entracte, on est perplexes face  à, osons le mot puisqu’ils assument le geste, cette bande de branleurs. Viennent ensuite des mises en perspective magiques où l’on plonge dans l’histoire immédiate, celle de la guerre. Ceux là, juifs, homosexuels pour beaucoup, racontent, vidéos à l’appui en gros plan, comment ils ont survécu. Ludivine Sagnier excelle. On commence à comprendre.

Ça a l’air idiot, ces phrases semblant anarchiques, où le schéma géométrique fait parfois son entrée, mais c’est une Révolution oubliée. On sait Duras, Sarraute les plus érudits connaissent les autres. Ça a l’air creux, leur discussion semblant stérile. Et pourtant, si elles semblent vaines aujourd’hui, elles faisaient l’événement dans une société post-Shoah et avant Mai Soixante-Huit, une société asphyxiée. Habillés 2012, ils évoluent dans le temps illustré par une horloge présente sur scène et qui elle aussi deviendra digitale, tout comme les machines à écrire que les auteurs de Minuit trimbalent dans des valises. Honoré nous fait comprendre à quel point il est difficile de respirer différemment. Au fur et à mesure, et avant l’oubli, les prix littéraires pleuvent : Renaudot, Goncourt, dans un autre style, Prix Nobel !

On commence à comprendre que le temps pris n’est pas vain. Qu’une histoire oubliée a besoin d’espace pour se déployer. On commence par s’en foutre, on poursuit en s’intéressant, on finit passionnés avec l’envie folle de lire du Claude Ollier.

Ne boudez pas ce spectacle, ne partez pas à l’entracte.

 

photos : ©Christophe Raynaud de Lage – Festival d’Avignon

 

 

 

 

 

 

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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