Théâtre
Charles Berling met en scène les terribles souvenirs de Calek Perechodnik au ghetto de Otwock

Charles Berling met en scène les terribles souvenirs de Calek Perechodnik au ghetto de Otwock

20 décembre 2014 | PAR Yaël Hirsch

Ce vendredi 19 décembre, la Maison de la Poésie de Paris accueillait un spectacle seul en scène de l’acteur Charles Berling. Ce dernier incarnait un juif polonais qui a vu partir sa femme et sa fille vers la mort, lors de la liquidation du ghetto de Otwock. Un texte terrible traduit du polonais par Paul Zawadzki et un témoignage terriblement important ont pris vie dans une mise en scène minimaliste qui se cherchait encore. A voir également à Toulon au Théâtre Liberté le 21 mars prochain. 

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Alors que la lumière ne s’éteint pas immédiatement afin de garder le témoignage au plus près du public, quelques notes sourdes de musique créent déjà le malaise. Une fois l’atmosphère plantée, le public est plongé dans le noir, trois points lumineux à la Boltanski servant de sortes de repères tristes dans la nuit. C’est depuis l’obscurité que Charle Berling commence la lecture du journal. A priori, le parti pris est de ne pas mettre d’intonation dans cette lecture, mais à temps, l’acteur visiblement encore mal à l’aise de se plonger dans le vécu inimaginable et la peau assez détestable d’un homme qui a rejoint la police du ghetto et a survécu à sa famille, en grande partie par veulerie…

Au fur et a mesure que le quotidien du ghetto (disputes de couples, considérations d’organisation et de vie) s’embranche à l’horreur à l’état pur avec l’arrivée des allemands pour liquidation, les feuilles du texte que lit Berling tombent joliment dans un cercle de craie dessiné au sol, et qui constitue le seul élément de décor visible dans la pénombre oppressante.

Descriptif, direct et brut, le texte crée l’effroi.  En tant que membre de la police juive du ghetto et sur conseils de collègues, Calek croit plus stratégique de dissuader sa femme, Anna, et leur petite fille, Athalie, de se cacher, pour rejoindre docilement les autres juifs sur la place centrale. Non seulement il comprend vite qu’il les a condamnées, mais il a la force de les laisser derrière lui pour survivre et aller écrire ce texte à Varsovie où il trouve la mort 3 ans plus tard.

Voie de « salut laïc » (P. Zawadzki) du survivant, le journal est habité par un certain fatalisme et par une brutalité simple; c’est sous cette forme simple qu’il pose des questions essentielles sur la survie, la peur, et la marge de manœuvre et de culpabilité qui reste encore quand la liberté n’est plus. C’est un texte très difficile, à entendre, certes mais certainement encore plus à dire…Oscillant entre un expressionnisme un peu daté et une impassibilité qui tombe toujours un peu à côté de la plaque et du mot, Charle Berling doit encore apprivoiser cet effroi pour entrer dans le peau d’un monstre qui est aussi un homme.

Si le texte est à lire absolument, en complément plus brut et moins distancié du formidable témoignage de l’historien Emmanuel Ringelblum sur la vie et la mort juives dans le ghetto de Varsovie, la pièce, elle, est à travailler et doit trouver une juste mise en scène pour être à la hauteur de ce document pas évident à adapter.

visuel : © Christophe Michel

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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