Théâtre

« Calme » Lars Norén au théâtre des Amandiers

« Calme » Lars Norén au théâtre des Amandiers

25 janvier 2013 | PAR Justine Braive

Le directeur du théâtre des Amandiers met en scène « Calme », pièce autobiographique écrite par l’écrivain suédois Lars Norén il y a une trentaine d’années pendant ses années d’analyses.

Le titre est plutôt trompeur pour une pièce décrivant les névroses familiales. « Calme » raconte l’histoire des retrouvailles explosives d’une famille éclatée qui n’a d’autre choix que de se réunir autour de la mère mourante.

La pièce se déroule dans un hôtel-restaurant en bord de plage, aux lumières blafardes, distributeur moisi, table en formica et surtout des dizaines de chaises vides n’attendant qu’une chose, qu’un client vienne s’y poser. C’est l’été, la chaleur épouvantable écrase les protagonistes.

Le père (Jean-Pierre Darroussin), alcoolique, vêtu d’une chemise écossaise terne et fatiguée et d’un pantalon marronnasse, téléphone à quelqu’un de sa famille pour le supplier de l’aider financièrement. La pièce débute sur ce coup de fil du désespoir. Et du désespoir, on en est servi.

Un quatuor où chaque individu est terriblement seul : un père se consolant à coups d’aquavit, une mère atteinte d’un cancer et deux fils haineux car tout les oppose. L’ainé, Ingemar, chemise moulante et petites baskets blanches, personnage moralisateur et assez banal, cherche à ne pas se laisser atteindre par l’annonce tragique des derniers mois à vivre de sa mère. Le second, John, est angoissé, nerveux et cultivé. Pistolet sous l’oreiller, il « cherche [sa] douleur », ne « connaissant rien d’autre ». Il perçoit son frère comme un rival plus aimé par ses parents. Il est parti à Stockholm pour vivre sa vie d’écrivain (mais sans le sou, il demande sans cesse à son père de l’aider) et pour s’éloigner de cette famille qui « a atteint le terminus ». Il ne comprend pas les préoccupations de son père (« pourquoi vous parlez d’argent puisqu’on n’en a pas? ») et  se rêve poète. Il est incompris de son ainé, qui se moque de son statut de « secrétaire de Dreyer » et qui ignore qui est Beckett.

La mère, lasse, « morte depuis longtemps » pour John, se bat pour qu’ils restent une famille. Son personnage est parfois tourné en ridicule (elle juge le comble de l’élégance l’association d’un pantalon noire et d’une chemise blanche) mais c’est cependant elle qui maintient l’unité familiale (enfin ce qu’il en reste)  en refusant de choisir entre ses fils et son mari et parvient à faire  preuve d’humour alors que tout s’écroule. Lorsque John, esseulé, lui demande ce qu’il deviendra quand elle sera partie,  elle lui répond qu’il n’aura qu’à prendre des cours d’anglais.

Une histoire de famille compliquée où fusent les règlements de compte. Un fils qui reproche à son père de n’être pas un mari et qui lui jette en pleine figure « tu n’es personne », une mère qui considère que son second « se comporte comme une petite fille », un père qui n’est pas capable de mesurer le désespoir de son fils, affirmant que ne vouloir plus vivre n’est pas une raison pour se tuer.

On ne sait pas trop quand le « Calme » arrivera. Il viendra peut être après la tempête, lorsque la mère aura disparu. C’est ce que cherchent les deux fils. John souhaite « redevenir calme » et Ingemar veut mener « une vie normale, calme et agréable », peut être la seule chose qu’ils ont en commun.

Les acteurs sont époustouflants de justesse, pas de faux pas. Même au cœur de la mélancolie, l’auteur a réussi à mettre un peu d’humour. Le texte est également criant de vérité, certainement parce qu’il est le reflet de la propre enfance de Lars Norén. Pendant trois heures, nous entrons dans l’intimité sombre d’une famille singulière dont les névroses sont exacerbées, et sortons un peu bouleversés après la bataille.

(c) Pascal Victor

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Justine Braive

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