Théâtre
Britannicus : un vent de mafia calabraise souffle sur le Port aux Cerises

Britannicus : un vent de mafia calabraise souffle sur le Port aux Cerises

23 juillet 2020 | PAR Anne Verdaguer

Dans le cadre de l’opération « l’île de France fête le théâtre », les Tréteaux de France posent leur chapiteau cet été dans les bases de loisirs pour la quatrième année consécutive. Après Bérénice, la troupe propose une vision très calabraise de la tragédie « Britannicus » de Racine, empruntant aux codes mafieux. De A comme alexandrin à V comme vendetta, il n’y a qu’un pas, que le metteur en scène Robin Renucci franchit avec brio avec des comédiens taillés pour leurs rôles. 

 

 

 

Drôle d’endroit pour une tragédie… au milieu d’un champ, sous un chapiteau, c’est là que vont se dérouler les intrigues de Néron et de sa mère Agrippine, une famille rongée par le pouvoir, la passion et la trahison. Et autant le dire d’emblée, ce n’est pas la noblesse d’âme ou d’apparat qui les caractérisent. La tragédie prend ici les traits d’une famille de mafieux italiens, clinquants et mégalomanes. Il faut dire que l’histoire se passe en Italie, et c’est la première fois que Racine prend son sujet dans l’histoire romaine.

L’empereur Néron (sous les traits du comédien Tariq Battahar si convainquant dans son rôle) est en quelque sorte le parrain bedonnant de cette famille. Affublé d’un look mi Versace-mi racaille napolitaine, il incarne le despote dans toute sa splendeur, chaînes en or autour du cou et bagues aux doigts. Cet olibrius est pris d’une passion soudaine et non moins sadique pour Junie, la fiancée de son frère, Britannicus.

Sa mère Agrippine (intense Nadine Darmon) est une femme blessée. Ce fils qu’elle a placé sur le trône lui échappe et contrarie ses desseins. Elle va sceller un pacte avec Britannicus, et tenter de remettre son fils dans le droit chemin. Cette rivalité amoureuse entre les deux frères va plonger les amants Britannicus et Junie dans les affres de la douleur, donnant lieu à des scènes déchirantes d’adieux et de retrouvailles, entre faux espoirs et manipulation. 

Comme c’est souvent le cas dans les histoire de mafia, les seconds couteaux vont jouer un rôle déterminant. Narcisse (parfait Thomas Fitterer) est le traître par excellence doublé d’une petite frappe sans vergogne. 

Enfin, ce spectacle quadri-frontal gagne en intensité par un procédé ingénieux car les acteurs sont masqués, tout comme le public. Cela ajoute une tension supplémentaire et oblige à se concentrer sur les corps, les regards et les gestes des comédiens, à défaut de pouvoir décoder les expressions de leur visage. La Commedia Del Arte au service de la tragédie en quelque sorte.

Un mélange des genres et des codes du théâtre dont semble se délecter Robin Renucci, le metteur en scène si inventif et directeur des Tréteaux de France dont la mission d’éducation populaire joue ici si bien son rôle.

 

Des ateliers de pratique théâtrale animés par les comédiens formateurs des Tréteaux de France et d’autres spectacles sont à voir dans ce festival parmi lesquels « Faire forêt – variations Bartleby » de Simon Grangeat, mise en scène Solenn Goix, et « le premier homme » d’Albert Camus, avec Bertrand Cervera et Robin Renucci.

 

Britannicus de Jean Racine, mise en scène Robin Renucci, compagnie les Tréteaux de France, les 23,24 et 25 Juillet, dans le cadre du festival « Ile de France fête le théâtre » dans les îles de loisirs de Port aux Cerises, Cergy-Pontoise et Saint-Quentin-en-Yvelines du 18 juillet 2020 au 30 août 2020.

Photos : © Sigrid Colomyés

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Anne Verdaguer

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