Théâtre

Bérénice d’après Bérénice adaptation et mise en scène de Gwenaël Morin

22 novembre 2010 | PAR La Rédaction

Dans la salle du haut du théâtre de la Bastille, le public est invité à voir et entendre une farce, comme sur les places de marché du moyen-âge. De simples tréteaux, deux bancs, un drap blanc tendu sur lequel est écrit le nom des protagonistes, les lieux de l’intrigue, …Costumes ordinaires et Plein feu fixe.

Les quatre comédiens montent sur les tréteaux et attendent, face à la foule, que le théâtre commence. Le metteur en scène, d’un claquement de doigt hypnotique, donne le signal. Antiochus l’amant secret, l’ami fidèle-tout droit sorti d’un happening post-soixantehuitard (bas de jogging moulant, un « Hélas »peint sur le torse)-guette le silence. La prise de parole est simple, limpide,rapide, tout comme les déplacements primaires, vifs, précis. Les alexandrins clairement projetés se font martelés. Ca mâche, déclame, chuchote, chante, crie, hystérise parfois. Les comédiens-performers entrainés dans une course frénétique nous font partager leur jubilation à dire ce texte.

En faisant le choix de ne faire entendre que l’intrigue amoureuse du trio , Gwenaël Morin et sa troupe s’interroge sur la difficulté à dire l’amour, et sur celle de faire entendre la rupture. Les mots ne suffisent plus. Les corps en mouvement non plus. Ce qui nous éveille, nous touche, ce sont …les silences. Comme si le seul moyen de crier son amour, sa déchirure, sa passion ne pouvait passer que par ce moment de suspens indescriptible entre les yeux des amants. Ce moment déchirant où les mots sont toujours faibles face à l’émotion qui nous traverse est magistralement interprété par Barbara Jung et Grégoire Monsaingeon dans la grande scène d’explication entre Titus et Bérénice.

On pourrait regretter de ne pas se sentir plus touché, ému par cette tragédie de la séparation, que les confidents soient réduits à une simple explication de texte un peu potache ou qu’Antiochus arlequinisé bouffonne par moment. Mais ce n’est pas le propos. Nous sommes bien dans une farce où la morale limpidement énoncée par Bérénice nous glace d’effroi.

Attention cependant : Pas de texte intégral ici. Les amateurs et défenseurs assidus de Racine seront peut-être déçus…Il s’agit de théâtre contemporain, de classique réadapté et dépoussièré ( fil rouge du travail du théâtre permanent), et Gwenael Morin nous en donne à voir tous les « classiques » ; acteurs pieds nus, torses nus, micro et instruments de musique façon happening, distanciation, chansons décalées…on ne vous dit pas que c’est mal fait ou désagréable, on a juste l’impression d’avoir vu ça très souvent…Rien de très original. Mais cela fait mouche et donne a entendre la cruelle absurdité de cet amour détruit par des lois ancestrales…

Le spectacle, tout comme les précedentes mises en scène de Gwenael Morin, rencontre un franc succès auprès du public de la Bastille, et est prolongé jusqu ‘au 27 novembre.

Jusqu’au 27 novembre, Théâtre de la Bastille, 76 rue de la Roquette, 11e, 0143574214,  à 19h30, le dimanche à 15h30, relâches les 22 et 23 novembre, 22 €, tr 14€

Par Ludovic Lamaud

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