Théâtre
« Andromaque à l’infini », les limites de l’exercice de Gwenaël Morin

« Andromaque à l’infini », les limites de l’exercice de Gwenaël Morin

13 octobre 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Les jours (et les nuits) se suivent et ne se ressemblent pas. Après son limpide Uneo uplusi eurstragé dies, le metteur en scène livre une version désossée du texte de Racine, le rendant inaudible.

À la Maison des métallos, dans le cadre du Festival d’Automne, Gwenaël Morin occupe le territoire à sa façon, c’est-à-dire en couvrant l’endroit de draps qui servent d’écriteaux. Et c’est vachement beau, oui, vachement beau de voir le nom d’Antigone flotter comme un drapeau, comme pour marquer un territoire.

À la Maison des métallos, il est donc possible de voir à la suite, si on le désire, deux pièces. Par exemple Andromaque puis Ajax. Pour nous, ce fut Andromaque et Andromaque seule.

Andromaque c’est l’un des chefs-d’œuvre de Racine, maître de l’exercice de style avant l’heure, une tragédie en cinq actes et en vers écrite en 1667. « Elle comporte 1 648 alexandrins. L’argument de la pièce se résume en une phrase : « Oreste aime Hermione, qui aime Pyrrhus, qui aime Andromaque, qui aime Hector, qui est mort. » »

Tout le travail de Morin est de présenter un théâtre populaire, accessible, et aux acteurs non-classiques. L’entreprise est louable, mais ici elle ne fonctionne pas. L’idée de la forme est parfaite pourtant : que reste-t-il de la tragédie quand elle est vidée de son emphase, de sa diction, de sa compréhension ? Eh bien, il n’en reste que les sensations. Et quoi de plus tragique que le corps qui seul s’exprime ? 

En cela, la tentative est très louable mais elle ne tient pas sur la durée de la représentation. Les quatre comédien.nes campent tous les personnages, sans costume et sans décor ou presque. Le public est en face à face comme pour un défilé, l’espace scénique est étroit, long.

Sonia Hardoub, Mehdi Limam, Emika Maruta, Barbara Jung ne savent pas à l’avance qui ils jouent, cela participe de ce beau projet qui veut faire entendre « la démocratie à portée de voix ». Et on l’a vu au parc de Belleville, cela marche à merveille. Plus que jamais, la démocratie doit être sauvée, mais pour ce faire, son message doit être limpide. Le texte est livré comme s’il était slamé, à un rythme très accéléré. Ça gesticule et ça parle fort, mais en quittant l’espace, une heure vingt après y être entré.e.s, nous n’avons entendu ni l’écriture de Racine ni l’histoire d’Andromaque.

L’énergie et la très belle volonté portée par ces acteurs ne suffit pas à faire démocratie justement, c’est plutôt à une leçon d’anarchie que nous avons assisté. Il faut souvent faire la révolution pour atteindre son but, la rigueur et la violence des mots jetés comme en pâture peut être une façon de faire. Et nous restons sur une question : un lieu clos est-il propice à cet exercice de style ? 

À la Maison des métallos jusqu’au 28 octobre. Détail des dates et réservation ici.



Visuel : ©Christophe Raynaud de Lage






 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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