Théâtre
L’exaltante sensualité du Centaure et l’Animal de Bartabas à Chaillot

L’exaltante sensualité du Centaure et l’Animal de Bartabas à Chaillot

09 décembre 2010 | PAR Bérénice Clerc

Bartabas et Ko Murobushi  nous entrainent dans les ténèbres et transcendent la mort accompagnés  d’Horizonte, Soutine, Pollock et Tintoret les chevaux danseurs au théâtre national de Chaillot jusqu’au 23 décembre 2010.

Sur l’immense plateau, deux hommes, quatre chevaux, une ombre, un piano, et Lautréamont comme langage intelligible.

Dès la première seconde du spectacle, nous sommes emportés hors du temps, par delà le monde, ses réalités, sa matérialité.

Un homme en costume, le corps peint en argent vibre de toute son âme, son corps souffre, le rideau frémit dans une sensualité inexplicable, puis tombe pour nous ouvrir les portes des ténèbres, celles de notre monde intérieur, noir comme un Soulage, lumineuses comme la nuit.

L’impulsion animal de la poésie de Lautréamont via la voix de Jean-Luc Debattice, met en mots le corps de Ko Murobushi, danseur But?, en pleine introspection, disponible et offert  au monde, comme toujours pour cette danse imaginée par Tatsumi Hijikata au Japon en 1959.

La poésie sauvage et révoltée de Lautréamont est une musique, portée par les notes de Jean Schwartz où le rythme des mots s’adapte parfaitement à celui du But?.

Les descriptions d’états intérieurs sont la dynamique de la métamorphose, où est le réel, que voyons-nous dans ce noir éclatant ?

Un danseur tronc surgit sur son cheval partenaire pour un premier ballet tout en poésie, douceur retenue et sensualité.

Le cheval n’est plus un animal, il danse, se concentre, se maitrise et n’est pas un piédestal pour un comédien cavalier en mal de narration, il est le verbe à cheval, il occupe l’espace vide, nous propulse dans un voyage imaginaire violent, agréable, magnifique et fantastique.

Le noir devient argent, la lumière nuit, les apparitions se répètent pour une extase toujours au rendez-vous.

L’homme cheval, vole de ses ailes noires sans utiliser de rênes ou d’artifices pour diriger son partenaire léger comme la vie, lourd comme la mort.

Un cheval blanc surgit surplombé d’un homme de voile rouge vêtu.

Une ombre invisible, jusqu’alors, se lève et danse avec lui dans un rythme endiablé toujours proche de la chute comme le danseur But?, ressuscité par ses souffrances, tombe pour mieux se cogner et se relever.

Une tête de cheval apparaît avec un corps d’homme, envers du Centaure, chaque partie est à elle seule un tableau digne des plus grands chefs d’œuvres plastiques.

 

 

Un théâtre de vision  nous est offert, brutes et sensuelles, les images sont sublimes, la couleur devient matière pour glisser sur le danseur tandis que le centaure s’effondre, se scinde pour mieux se relever et choir à nouveau avec grâce et refouler son énergie intérieure.

Le danseur au corps d’argent se métamorphose en Bête, son corps exprime toute l’animalité humaine, les méandres de la souffrance, la violence de la vie, la douceur de la mort et l’exaltation des poèmes de Lautréamont.

Les lumières de Françoise Michel et les superbes costumes de Yannick Laisné , servent à merveille la scénographie épurée et nous laisse seul face à nous même dans ce cocon angoissant et beau fabriqué par Bartabas et Ko Murobushi.

Tout est illusion, rien n’est vrai, tout est réalité, rien ne disparaît, où est la matière, qui sommes-nous, pourquoi vivons-nous, où se loge nos souffrances intimes, comment les exprimons-nous ? Autant de questions auxquelles pourraient répondre ces quatre chevaux danseurs, partenaires exceptionnels de Bartabas poétique artiste dansant, accompagné par l’inimitable Ko Murobushi.

Courrez à Chaillot avant le 23 décembre, vous y verrez du théâtre, de la danse, de la poésie, de la musique, de la peinture, de l’extase et surtout vous vous y rencontrerez vous-même.

Le Centaure et l’animal Bartabas, du 7 au 23 Décembre 2010, Théâtre National de Chaillot, 1, place du Trocadéro, 75116, Métro Trocadéro (lignes 9 et 6) : www.theatre-chaillot.fr

Conception mise en scène Bartabas chorégraphie Ko Murobushi et Bartabas musique Jean Schwarz lumière Françoise Michel scénographie Bartabas texte de Lautréamont extrait des Chants de Maldoror dits par Jean-Luc Debattice avec Bartabas, Ko Murobushi et la participation de Raveendran Peringaden les chevaux Horizonte, Soutine, Pollock et Le Tintoret assistante à la mise en scène Anne Perron responsable des écuries Françis Tabouret soins des chevaux Barbara Despretz costumes Yannick Laisné, Alain De Raucourt maquillage Annie Marandin directeur technique Hervé Vincent régie générale Jean-René Trevilly régisseur son Janyves Coïc régisseur lumière Cécile Allegoedt

 

Infos pratiques

Mon pote: Magimel et Baer, dans une comédie dramatique bisounours
Les manuscrits de Romain Gary enfin exposés
Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *