Théâtre
Avignon OFF : la savoureuse adaptation par Thomas Le Douarec de L’idiot de Dostoïevski.

Avignon OFF : la savoureuse adaptation par Thomas Le Douarec de L’idiot de Dostoïevski.

05 juillet 2021 | PAR David Rofé-Sarfati

Après l’immense succès du Portrait de Dorian Gray (également à Avignon OFF), Thomas Le Douarec a pris en 2019 tous les risques en créant une adaptation du chef-d’œuvre de la littérature russe, L’Idiot de Dostoïevski. Une fois encore, il visait juste.

La pièce démarre alors que nous sommes dans le voyage de retour, un périple et déjà un spectacle. Le prince Mychkine rentre de Suisse où il a passé sa jeunesse. Après plusieurs années de sanatorium pour soigner une épilepsie et, selon le corps médical, une forme d’idiotie, il rentre ruiné et faussement guéri. Sans le sou, mais avec son titre de noblesse et en poche un certificat de recommandation, il tentera de pénétrer les cercles fermés de la société russe. Il se retrouvera par hasard mêlé à un projet de mariage d’une jeune femme très belle, aux nombreux soupirants, mais dont le seul amant est un général, son tuteur de 55 ans, qui l’a élevée et en a fait sa maîtresse obligée dès la petite adolescence. Au cours d’une intrigue aux multiples rebondissements, Mychkine va découvrir le sentiment amoureux et son corollaire dépit. Il découvrira aussi l’humanité et ses égoïsmes. Le roman saura se déployer aussi drôle qu’acide. À l’âme russe, l’histoire chemine de rebondissements en quiproquos avant de s’achever sur une tragédie. À chaque péripétie, Thomas Le Douarec restitue, c’est son talent, le comique de situation et, c’est sa gourmandise, le plaisir des aphorismes.

L’Idiot est une traversée dans les tréfonds de l’âme humaine. 

Avant le lever de rideau, une musique jouée dans le noir prépare le public. Au sein d’une contrée lointaine, une histoire fantastique comme celles qui servent à border les enfants va nous être racontée. La production contrainte économise sur les lumières et les décors. Néanmoins, dès la première scène, nous sommes à bord du train de retour de Mychkine, puis durant plus de deux heures sans mou, tout est là devant nous, les costumes magnifiques compris. L’art du récit de Dostoïevski rencontre la force de l’adaptation de Thomas Le Douarec et de l’interprétation de sa troupe. Sans psychologisation, hors celle utile d’un Rogojine s’enveloppant du châle de la princesse au final, chacun incarne une âme humaine complexe ; le roman russe est traité avec un grand respect.

Est-ce que le feu sait où il va?

La pièce est une pièce comique. Elle est aussi un conte philosophique doublé d’une satire sociale. Elle est surtout une histoire sur l’amour et ses passions. L’empilement de ces strates, la patte comique du metteur en scène, l’extrême beauté de certaines scènes comme la scène en bleue de la harangue à la foule, l’engagement réjoui des comédiens, nous procure un moment de théâtre chaleureux, parfois brûlant.

 

L’idiot de Dostoïevski. Metteur en scène : Le Douarec. Interprète(s) : Stanislas Siwiorek, Caroline Devismes, Esther Comar, Emmanuel Rehbinder, Fabrice Scott, Philippe Lebas, Sophie Tellier, Bruno Paviot, Margaux Heller, Vojka Linard. Théâtre des Lucioles à 12 h 30, durée 2 h 20

Visuel Affiche 

 

La playlist des grands départs
Pierre Notte raconte L’histoire d’une femme et d’une horde de beaufs
David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture