Théâtre
Avignon OFF : “Kisa mi lé”, la recherche du soi intérieur

Avignon OFF : “Kisa mi lé”, la recherche du soi intérieur

25 juillet 2022 | PAR Lucine Bastard-Rosset

Daniel Léocadie présente un seul-en-scène sur la quête identitaire, un monologue intérieur d’un récit personnel qui peut résonner pour tout un chacun. Kisa mi lé est à découvrir à la Chapelle du verbe incarné durant le Festival d’Avignon. 

Un avenir meilleur

Déraciné à l’âge de sept ans de sa terre natale, un jeune homme tente vingt ans plus tard de savoir d’où il vient et qui il est. Il cherche des réponses en s’adressant à son autre soi, celui qui a été lui mais qui n’est plus lui. Kisa mi lé parle de cette séparation imposée, celle réalisée dans le but d’offrir un meilleur avenir. Oublier ses origines pour reconstruire une vie dans le “beau pays”, ne plus parler créole mais français, la langue des belles poésies et de la philosophie. Mais annihiler ses racines est-il la solution pour avancer ? 

A travers ses paroles sur la quête identitaire, Kisa mi lé parle aussi de la colonisation, de la dualité entre deux cultures différentes qui doivent coexister. La notion de diglossie s’insère dans le monologue et interroge la domination qu’une langue peut avoir sur une autre. Alors que le français domine, le créole se fait peu à peu sa place et résonne à nos oreilles, pour terminer sur un chant d’une infinie douceur.  

Kisa mi lé ? 

Kisa mi lé ? Qui je suis ? Le personnage tente de répondre à cette question en interrogeant une personne qu’il recherche, celle qui a partagé cette même peau mais qui en est sortie. Il tente de trouver la raison qui les a séparés, il veut savoir pourquoi elle est partie et l’a quitté, lui qui s’est retrouvé seul dans le beau pays, cet endroit dans lequel il ne se reconnaît pas totalement et se sent incomplet. Il en veut à cette partie de lui qui n’est plus là car “il avait le droit de la connaître ». Cet homme s’adresse à cette part de lui qu’il ne peut continuer à nier et qui a ressurgi à la mort de son père, cette personne “de proche et de si lointaine à la fois”.  

C’est sur un plateau à nu que Daniel Léocadie se déplace. Son regard se porte vers le ciel, il tourne autour de lui, comme pour essayer de percevoir celui à qui il s’adresse. La lumière blanche découpe l’espace, d’abord horizontalement puis verticalement. La montée du désespoir et de la colère se fait sentir, l’attente d’une réponse qui ne vient pas est insupportable. Obtenir cette réponse devient un besoin vital, lui qui se voit “comme un homme sans histoire”, dont le passé n’existe pas. 

Un dédoublement 

C’est dans une lumière rouge que l’autre apparaît. Débute alors une discussion entre son lui passé et son lui présent. Français et créole résonnent dans un monologue qui devient schizophrénique. Cette langue qu’il ne parle plus mais comprend refait surface. Sa partie créole veut savoir pourquoi il n’a pas voulu la connaître avant, pourquoi il a attendu si longtemps avant de fouiller dans son passé. Cette partie qui s’est sentie inutile et seule, rejetée. Le visage de Daniel Léocadie est séparé en deux, éclaté par cette lumière rouge qui fait ressortir ce trouble identitaire. 

Daniel Léocadie propose une prestation incroyable, qui nous laisse s’accrocher à ses mots. Sa parole prend de l’ampleur, son besoin de comprendre se fait plus pressant et important. Il arrive à nous parler créole sans que l’on se sente perdu dans cette langue inconnue. Les sonorités prennent le pas, on est bercé par sa voix. 

Kisa mi lé nous amène à nous questionner sur notre propre identité. Un spectacle écrit, mis en scène et interprété par Daniel Léocadie. Présenté du 22 au 26 juillet, à 12h10, à la Chapelle du verbe incarné, dans le cadre du festival OFF d’Avignon 2022. 

Visuel : © Cédric Demaison

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