Théâtre

Avignon OFF 2019 : la langue de Racine sublimée dans « Bérénice paysages »

Avignon OFF 2019 : la langue de Racine sublimée dans « Bérénice paysages »

11 juillet 2019 | PAR Anne Verdaguer

C’est une histoire d’amour impossible. Ou plutôt l’histoire d’une séparation impossible. Celle de Bérénice et de Titus. Mais c’est surtout une formidable partition de comédien. Dans Bérénice Paysages,  Mathieu Montanier s’empare avec ferveur de la langue de Racine, dans un monologue d’une rare intensité.

Dans la solitude de sa loge, le comédien répète. Il est seul, se démaquille, attend un message et commence à se redire des bribes de texte. On ne sait pas si c’est son texte ou celui de ses partenaires. Il répète pour lui, pour exercer sa mémoire. Il bute sur les mots et s’enflamme à mesure où l’histoire évolue.

L’histoire c’est celle de Bérénice, la cinquième pièce écrite par Jean Racine. Bérénice, reine de Palestine, vit à Rome depuis plusieurs années dans l’attente que Titus l’épouse. Mais celui-ci, devenu empereur à la mort de son père, ne peut épouser une princesse étrangère. Antiochus lui est l’ami, le confident, l’amoureux silencieux qui attend ce moment pour déclarer son amour à Bérénice. C’est donc l’histoire d’un homme qui sacrifie son amour par devoir, de la souffrance dans laquelle se trouvent les protagonistes de cette tragédie.

Le metteur en scène Frédéric Fisbach dit avoir une passion pour cette pièce qui l’a bouleversée quand il l’a vu jouer tout jeune à la Comédie Française. C’est même un souvenir fondateur à l’origine de sa vocation théâtrale. Il portait donc en lui ce projet de faire exister dans le corps d’un seul acteur ou d’une seule actrice, tour à tour, toutes les voix de cette tragédie, Titus, Bérénice, Antiochus, comme un long poème, pour exalter l’intensité de la langue de Racine. 

Mathieu Montanier, avec qui il avait déjà travaillé par le passé est cet acteur avec lequel il va déconstruire le texte, le triturer, l’épuiser pour mieux restituer la force du désespoir qui anime les amants. Une force qui passe aussi par le corps du comédien, qui est le lieu où tout se passe. Mi-homme mi-femme, il se déplie, se recroqueville, se tend, et se laisse littéralement habiter par les personnages, sans faire aucune distinction entre eux, ni de pause entre les prises de parole. Il ne reste qu’une personne, le comédien, qui dans l’intimité de ce moment particulier qui est celui de l’après représentation, avale et se fait avaler par cette histoire et qui seul éprouve la douleur de la séparation, en passant par toutes les étapes qui mènent à l’inexorable dénouement final.

Bérénice paysages est un formidable hommage aux acteurs, qui puise dans un désir de transmission du metteur en scène de son amour pour le théâtre, un théâtre qu’il a voulu ramener à un art primitif et premier. Pour capter l’essence du travail du comédien qui se dévoile avec pudeur dans une langue d’une beauté rare. 

 

Bérénice Paysages, adaptation et mise en scène par Frédéric Fisbach, d’après Jean Racine, présenté dans le cadre du Festival OFF d’Avignon, au théâtre des Halles, du 5 au 28 juillet 2019, à 21h30. Relâche les 16 et 23 Juillet 2019. Durée : 50 mn.

Visuels : © Matthieu Edet

 

 

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