Théâtre

Festival RéciDives: Muppets + Rapsody = grand délire bien réjouissant

Festival RéciDives: Muppets + Rapsody = grand délire bien réjouissant

11 juillet 2019 | PAR Mathieu Dochtermann

Vu au festival RéciDives 2019, le très farfelu – et très intelligemment conçu – Muppets Rapsody de la cie Anonima Teatro s’empare aussi bien des codes de la marionnette que du théâtre de rue, et les mixe avec talent à un goût pour le playback aussi foutraque qu’éclectique. Il ressort de cette hybridation infernale un spectacle sacrément déjanté, où la légéreté ne rechigne pas à s’allier à l’exigence d’une interprétation bien préparée.

Muppets chantant

La muppet est une marionnette versatile et expressive, qui, dans sa plus simple version, n’est guère plus qu’une bouche surmontée de deux yeux. Par son seul aspect, elle invite déjà à la sympathie, et à une légèreté comique qui peut vite déraper dans le bouffon.

La compagnie Anonima Teatro s’est emparée de cette forme très immédiatement accessible, pour lui faire rencontrer la chanson – un peu comme Lucie Hanoy la fait se recontrer avec le karaoké dans son très jouissif Karaoké Lulu Knet.

Pour corser le tout, une pincée d’interaction avec la salle, sous la forme d’une loterie – plus ou moins truquée… à vue! – qui implique la participation des spectateurs.

L’ensemble est délicieusement absurde et échevelé. Les deux marionnettistes s’engagent dans un jeu qui bascule des muppets à un duo comique d’acteurs très clownesques. La régisseuse plateau en robe de soirée les assiste à vue, pleinement en jeu, sorte d’assistante faire-valoir de plateau télévisé… sauf qu’ici le rôle est ironique!

Playback de l’enfer

La sélection musicale n’est pas pour rien dans l’ambiance, et on peut même dire qu’elle est centrale dans le spectacle, même si ce dernier fait intervenir bien d’autres mécaniques. Le public est embarqué pour une balade en pays de playback, où l’on va de Rossini à Queen – comment résister à la tentation de faire chanter Bohemian Rapsody à un quatuor de muppets?

On finit par aboutir à une reprise de Roots Bloody Roots de Sepultura – du trash metal, donc – par le groupe allemand J.B.O., qui a marié le morceau d’origine au chant opératique. Sur ce dernier morceau, on sent que toute la salle n’a pas le goût de ce style musical, mais ceux qui connaissent dégusteront la manière dont ses codes sont détournés…

Déjanté… mais bien pensé!

Sous des dehors de simplicité et de fantaisie, c’est un spectacle bien pensé qui est offert là. Il y a des moments surréalistes et dadaïstes, il y a quantité de gags visuels – le spectacle est muet – et autres grimaces… Mais il y a aussi de la poésie, des niveaux de lecture réservés aux adultes, de nombreux clins d’oeil et détournements.

Le jeu repose beaucoup sur le dédoublement marionnettistes-muppets et les rapports manipulateur-marionnette, sur la bascule et les vas et vients entre les personnages, sur le glissement de statut entre marionnette animée et accessoire rangé sur le côté. C’est fait si habilement que cela ne heurte jamais la dynamique du jeu. Les trois interprètes sont engagés à 200% dans leurs rôles, qui exigent une sacrée énergie pour tenir jusqu’au bout – et une grande attention à ce qui se passe dans la salle.

Au bout de la petite heure que dure le spectacle, on ressort en n’ayant peut-être pas changé radicalement de point de vue sur le monde… mais avec un grand sourire et une sacrée pêche. Et comme une envie de chanter. Et c’est très bien comme ça.

Le spectacle se retrouve un peu partout cet été: à MiMa (jeudi 01 août 2019 au samedi 03 août) et à Aurillac (mercredi 21 août 2019 au samedi 24 août), puis à Charleville (lundi 23 septembre 2019 au dimanche 29 septembre)… mais pas que, loin s’en faut! A attraper au vol pour une dose de bonne humeur…

 

 

DISTRIBUTION

Manipulation, interprétation : Jacopo Faravelli et Loïc Thomas
Régisseuse plateau en jeu : Pauline Hoa
Mise en scène : Edwige Pluchart

Visuel: ©maganacheprod

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Mathieu Dochtermann
Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

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