Théâtre
Avec « Enfants sauvages », Cédric Orain nous livre une adaptation personnelle des vies de Kaspar Hauser et de Victor de l’Aveyron

Avec « Enfants sauvages », Cédric Orain nous livre une adaptation personnelle des vies de Kaspar Hauser et de Victor de l’Aveyron

28 mars 2021 | PAR Julia Wahl

Cédric Orain créait cette semaine Enfants sauvages aux Plateaux sauvages : un spectacle librement inspiré des vies de Kaspar Hauser et Victor, de l’Aveyron.

Des « enfants sauvages » historiques : Victor de l’Aveyron et de Kaspar Hauser

Si tou.te.s les cinéphiles connaissant l’histoire de Victor grâce au film de Truffaut L’Enfant sauvage (1970), c’est sans doute plutôt aux littéraires, par le truchement du poème Verlaine (« La Chanson de Gaspard Hauser », que parle l’histoire de Kaspar Hauser. Il s’agit dans les deux cas d’enfants qui ont grandi loin des Hommes et, de ce fait, ne connaissent nullement les codes sociaux : incapables de parler, ils se nourrissent exclusivement de ce qu’ils trouvent dans la forêt et rechignent à porter des vêtements. Une telle inadaptation provoque, au XVIIIe siècle (Victor fut découvert en 1797) comme au XIXe (la découverte de Kaspar Hauser date de 1828), de vifs débats quant à leur sincérité ou leur intelligence. Victor de l’Aveyron fera ainsi l’objet de soins particuliers de la part du Docteur Itard, persuadé qu’une bonne éducation lui permettra de s’intégrer à la vie en société.

Une adaptation personnelle de ces parcours originaux

C’est ce travail d’éducation qui intéresse au premier chef le metteur en scène Cédric Orain. Le spectacle s’ouvre en effet sur une controverse scientifique menée par un savant qui prétend que l’on ne peut rien attendre d’un tel individu. Mais l’une de ses consœurs, jouée par Laure Wolf, fait le pari inverse : elle se charge d’éduquer l’enfant et de prouver qu’il peut parfaitement prendre sa place dans la société. Cédric Orain a donc choisi de retracer essentiellement la vie de Victor (c’est d’ailleurs le prénom de son personnage) et de féminiser le rôle du Docteur Itard. Il inverse également la temporalité : alors que le Docteur Itard ne le prend en charge qu’après son exposition comme bête de foire, c’est, dans la pièce, après s’être échappé de chez sa bienfaitrice que Victor connaît les lumières du cirque. Une déchéance qui semble cette fois relater le parcours de Kaspar Hauser. Enfin, la fable se situe désormais dans une époque contemporaine, bien après la découverte des « vrais » Victor et Kaspar.

Un invraisemblable travail du corps

Pour retracer les différents paysages que traverse son « Victor », Cédric Orain propose une scénographie mouvante, où les arbres de la forêt, volontiers stylisés, deviennent soudain, par la magie des tulles et des projecteurs, la maison de la scientifique ou le cirque qui exploite Victor. Une porosité qui symbolise à elle seule la continuité entre l’état de nature et celui de culture.

Outre l’humour du texte, porté principalement par David Migeot, le spectacle brille surtout par le travail corporel du danseur et circassien  Petteri Savikorpi (Victor) : les fesses en arrière, il descend d’une table et court à quatre pattes à la manière d’un bonhomme de caoutchouc. Sans jamais être dans l’outrance, il met avec brio son corps élastique au service des mouvements « sauvages » de son personnage. Une prestation qui vaut, à elle seule, le déplacement.

Visuel : Laetitia Larralde

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Julia Wahl
Professeure de lettres durant dix ans, chargée de production de diverses compagnies de danse ou de théâtre, chargée d'action culturelle et des relations publiques... Tout ce qui a trait à la promotion de la culture et au développement de ses publics me passionne. Parce que l'on ne peut voir un spectacle sans vouloir transmettre ses émotions, je chronique régulièrement le cinéma, le théâtre et la politique culturelle pour Toute la Culture.

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