Théâtre

La princesse transformée en steak-frites d’après Christian Oster au Rond-Point

La princesse transformée en steak-frites d’après Christian Oster au Rond-Point

10 janvier 2012 | PAR Yaël Hirsch

L’actuel directeur du Nouveau Théâtre d’Angers, Frédéric Bélier-Garcia, apporte au Théâtre du Rond-Point son travail sur  4 « contes » de Christian Oster. Et il colle dans sa mise en scène, à la fois bouffe et fraîche, au texte de l’auteur de « Rouler » (voir notre critique), qui a une approche très décalée des archétypes standardisant nos psychés d’enfants.

Il y a donc quatre textes de Christian Oster mêlés dans cette pièce : La princesse transformée en steak-frites, mais aussi le Miroir-menteur du méchant prince moche, La Bergère enfermée et Le Portrait du monstre. Dans chacun de ces tableaux que Frédéric Bélier-Garcia monte en sandwich entre deux scènes de cour (interrompues par les appels sans fin de la tata marseillaise du roi), chacun et chacun peine à jouer son rôle : les princesses ont le vertige et ne peuvent monter dans la plus haute tour du château pour attendre leur prince; certaines font même semblant une fois par semaine de se noyer pour ne pas rester célibataires. Ces princesses sont souvent trop éduquées et pas assez jolies pour trouver celui qui un jour doit venir. Si les figures féminines sont condamnées à la solitude, les hommes, eux, s’ennuient à mourir. Les princes se glissent en forêt plus pour trouver une bataille qu’une belle au bois dormant, les monstres eux doivent kidnapper une princesse pour faire parler d’eux et essayer de trouver un combat, quant au méchant prince moche, il est plus narcissique et égocentrique qu’une sorcière. Genres, rangs social et êtres naturels et surnaturelles se retrouvent désœuvrés et sans repère dans un monde où le texte d’Oster mêle à Loisir les niveaux de langage.

Sur un texte aussi baroque, Frédéric Bélier-Garcia rajoute des couches de couleurs, de désordre et de cris, qui transforment définitivement les contes en farces. Les excellents comédiens sont en nage, se changent toutes les 7 minutes, crient, grimpent, se déguisent en frite ou en mouton… Il y a donc un côté Savary dans cette mise en scène bigarrée, qui va très bien avec la salle Topor. Et cela  fonctionne, puisque le public rit, sourie et rit encore.  Ainsi surexposé, le comique de répétition des interminables appels de la tante à l’accent marseillais ou de la princesse disant « Ta gueule » à son père permettent au public de passer un bon moment. A voir pour la musique, le jeu des comédiens, et certaines phrases de M. Oster, qui aux moments où elles oublient l’uppercut populaire, s’envolent vers une fine psychanalyse des contes de fée.

La princesse transformée en steak-frites, de Christian Oster mise en scène Frédéric Bélier-Garcia, avec Vincent Bedouet, Denis Fouquereau, Ophelia Kolb, Jérémie Poirier-Quinot, Agnès Pontier, Stéphane Roger, Luc Tremblais, 1h15.

photo : Giovanni Cittadini Cesi

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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