Théâtre
Au théâtre du Lucernaire, « Ni Dieu ni Diable » interroge l’amour et le sacré

Au théâtre du Lucernaire, « Ni Dieu ni Diable » interroge l’amour et le sacré

08 décembre 2014 | PAR Thibault Montbazet

Adapté des Deux étendards de Lucien Rebatet (1951), dont la damnatio memoriae a fait oublier l’oeuvre, le texte d’Augustin Billetdoux enchante. C’est qu’il relève le défi rare de dire des choses compliquées en des mots simples.

Le triangle amoureux formé par Michel, Anne-Marie et Régis retentit comme un cri de la jeunesse contre la médiocrité : le refus d’un monde qui a sa fin en lui-même, la révolte contre l’amour terrestre voué au déclin, la recherche du sacré. Mais bientôt, l’affrontement pointe, tandis que la mystique de Régis se mue en fuite radicale de la vie et de l’amour physique.
La pièce se veut ainsi non un rejet de la transcendance, mais des enfermements, de tous les « jésuitismes » : l’Eglise brocardée ici n’est qu’un symbole de ces murs, matérialisés dans la mise en scène par un voile tendu d’où ne s’échappe que le visage pâli des acteurs.

Ce beau texte est admirablement servi par les comédiens : une Anne-Marie écartelée entre la femme désirable et la sainte (Lou de Laâge), un Régis embarqué par ses folles inspirations (Damien Zanoly) et un Michel impressionnant de justesse (Clément Séjourné). Le jeu se permet des improvisations comiques, évitant ainsi au propos de glisser dans le sentencieux et lui gardant toute sa modernité. Car le texte n’est rien moins qu’actuel : une exhortation à bâtir un au-delà qui ne salirait pas l’en-deçà.

Le spectacle a reçu le prix du jury du Prix Théâtre 13 / Jeunes metteurs en scène en 2014.

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Thibault Montbazet

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