Théâtre

Au Petit Palais, la Comédie-Française dévoile ses trésors cachés

Au Petit Palais, la Comédie-Française dévoile ses trésors cachés

28 octobre 2011 | PAR Christophe Candoni

Les quelques 200 œuvres exposées actuellement au Petit Palais étaient jusque là renfermées dans les murs de la Comédie-Française (ses bureaux, ses couloirs, ses archives…) et surtout bien gardées par sa troupe d’acteurs et son personnel qui en jouissent quotidiennement. Jusqu’au 15 janvier, date-hommage de l’anniversaire de Molière, « patron » des lieux qu’il n’ a pourtant jamais vu mais où il est l’auteur dramatique le plus représenté, le public peut découvrir une collection riche en œuvres d’art qui retracent l’histoire de la maison et de ses fameux interprètes, qui redorent le blason des auteurs oubliés, qui raniment la mémoire d’une maison vieille de trois siècles et toujours bien vivante.

Quelques éléments de décors et de costumes, des masques (ceux qui ont servis aux Fables de la Fontaine montées par Bob Wilson et à la pièce, plus récente, d’Omar Porras) accueillent les visiteurs, tandis que la promenade s’achève sur une gigantesque vitrine dans laquelle sont regroupées de nombreuses maquettes de décor dont certains sont tout à fait récents. Entre les deux, sont exposés d’innombrables bustes et statues, des peintures également, à la gloire des auteurs et des comédiens de l’illustre institution. Parmi les objets les plus précieux de la collection, on trouve le registre de La Grange, le journal de la troupe dans lequel est rapporté manuscrit la soirée de la mort de Molière. Aujourd’hui, chaque acteur devenu sociétaire en reçoit un fac-similé. Un peu plus loin, on revoit avec émotion le célèbre fauteuil décati, élément de décor du Malade imaginaire, dans lequel Molière jouait Argan, son dernier rôle. Il mourut en 1673 à l’issue de la quatrième représentation.

Deux peintures de Molière mises côte à côte célèbrent en miroir à la fois l’acteur et l’auteur dramatique. Sur le célèbre portrait de Nicolas Mignard, Molière est paré d’une cape rouge qui fait écho au célèbre habit de scène de Talma (superbe Néron peint par Delacroix), porte une couronne de lauriers, tient un bâton de commandement, il campe César dans une pièce de Corneille, tandis que c’est la plume en main que le présente Coypel. En arrivant à Paris, Molière tente de jouer la tragédie mais échoue. Le genre noble ne lui apportera pas la gloire.

L’exposition propose une belle traversée dans l’histoire et le temps : le passage de l’itinérance à la sédentarisation des troupes, l’union des comédiens italiens et français, les différentes demeures investies. L’histoire de la Comédie-Française est émaillée de batailles, celle du Mariage de Figaro et surtout la trépidante bataille d’Hernani, édifiante sur l’estampe d’Albert Besnard. Elle revient aussi sur les modes de fonctionnement de l’institution soumise à des règles particulières.

Les grandes figures de la Comédie-Française sont mises à l’honneur jusqu’aux comédiens actuels, à la ville ou à la scène, dans leurs emploi ou non. Chacun des portraits attire notre attention sur l’évolution du statut de l’acteur qui du temps de Molière ne pouvait recevoir de sacrements religieux car excommunié, et qui, après la révolution, gagne sa reconnaissance civile. Sont représentés Melle Duclos portée au rang de quasi-divinité dans le tableau de Largillière, Mme Beauval, Rachel, en magnifique tragédienne sous le pinceau de Gérôme, Adrienne Lecouvreur, Sarah Bernardt, Mounet-Sully, un Hamlet saisissant, Talbot, Lekain…

Il en est de même pour les auteurs. Force est de constater que la postérité n’a pas toujours donné raison aux gloires éphémères accordés aux hommes de lettres du passé entrés au répertoire de la vénérable maison. Si Voltaire, représenté par Houdon, est énormément joué au XVIIIe siècle, il est aujourd’hui boudé par les contemporains et hormis Marivaux, Corneille et quelques autres, de nombreux noms sommeillent dans l’oubli.

La Comédie-Française est à ce jour la première troupe d’acteurs en France. Brillante et bourdonnante d’activités, elle se partage entre ses trois plateaux et donne à un rythme soutenu ses productions en alternance. La ruche épate et fait rêver.

 

 

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III).Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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