Théâtre
« ANTIS » de Perrine Gérard dans une belle création du duo Julie Guichard et Maxime Mansion

« ANTIS » de Perrine Gérard dans une belle création du duo Julie Guichard et Maxime Mansion

18 novembre 2020 | PAR David Rofé-Sarfati

Antis, initialement prévu du 4 au 8 novembre et déjà interrompu lors de sa création en mars dernier, au TNP de Villeurbanne, s’est joué ce mois de novembre au Théâtre 14. 

Il existe au théâtre la tradition de la servante ; la servante  est une petite lampe anciennement une bougie qui reste allumée quand le théâtre est plongé dans le noir, déserté entre deux représentations ou répétitions.  En anglais, elle est nommée Ghost Lamp, en référence aux fantômes qui hantent le théâtre quand il se vide.  Sous le règne du Covid19, la vie des théâtres où quelques journalistes parfois assistent à des filages, des répétitions, des avant-premières sans première ou des pseudo-couturières, ressemble un peu à un monde de fantômes. Des troupes viennent répéter sans toutefois savoir si un jour viendra où le public découvrira la pièce. 

Le spectacle Antis s’est joué ce mois de novembre au Théâtre 14 dans une ambiance confidentielle. Nous avons eu la chance de découvrir ce travail.Deux compagnies y ont joint leurs talents. La compagnie Le Grand Nulle Part est née en 2015 de rencontres décisives au sein de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre où une partie de son équipe artistique et administrative a été formée. La compagnie désire mettre en scène autour d’une réflexion commune autour de faits de société. La compagnie EN ACTE(S) quant à elle a été créée à Villeurbanne en septembre 2016. Le travail artistique mené par cette compagnie s’articule autour de différents projets tous motivés par l’envie d’écrire le théâtre d’aujourd’hui, inspiré également de faits de société. Son président en est l’auteur Jean-Pierre Siméon et son directeur artistique Maxime Mansion, comédien, metteur en scène. Ce dernier est aussi directeur du Festival En Acte(s). Le festival En Acte(s)voulu par lui et  Julie Guichard,  conçu en octobre 2014 sous forme d’une édition mensuelle, puis transformé en une session annuelle en 2017 se pose comme un lieu d’échange et de création où le geste théâtral est soulagé de la question de la production et du décor. Il est un lieu précieux de découverte d’une production pleine d’un lien direct entre les metteurs en scène, les acteurs et le public. 

Antis donne à vivre au public un théâtre où l’expérience est constitutive de la pensée.

Les deux compagnies ont co-créé autour du texte de Perrine Gérard une pièce extrêmement innovante. Ils le clament : Nous construisons un espace global qui se transforme. Un espace qui part du vide et se déploie au fur et à mesure que le récit se fabrique. L’idée pour ce projet est de proposer un espace volontairement symbolique et non naturaliste. 

Le propos de la pièce « Antis » est de repérer la violence sociale pour la dénoncer. Lorsque les cinq journalistes du collectif Antis se penchent sur une série d’agressions nocturnes, ils découvrent l’existence d’un groupuscule haineux dont les actions ont un seul but:  le triomphe d’une identité suprême qui s’en prend sans distinction à toutes les minorités. L’enquête de ces cinq lanceurs d’alertes est édifiante et haletante.

Julie Guichard orchestre un ballet contemporain

La scénographie est radicale d’un point de vue esthétique et fonctionnel.  L’absence de mobilier permet l’utilisation polysémique d’un objet particulier, la chaise qui prend tour à tour différents statuts.  Au fond de scène des panneaux garantissent la succession des tableaux.

Au sein de cet univers si familier et pourtant parfaitement fictionnel, cinq comédiens échangent à 360 degrés entre choralité et situations instantanées. Le texte soutenu et souvent disgressif procède par touches successives. Cependant, la  dramaturgie serait fragmentaire si le talent de la mise en scène, la fluidité de la scénographie -un immense bravo à Julie Guichard – assistées par l’engagement et l’harmonie des cinq comédiens, -nommons les: Ewen Crovella, Sophie Engel (merveilleuse Célimene du Misanthrope de Louise Vignaud), Jessica Jargot, Maxime Mansion, Nelly Pulicani- ne transforment ces fragments en une longue chorégraphie quasi cinématographique. 

Cette pièce radicalement moderne dans son geste et son propos fera événement après l’épisode covid, après que, la servante éteinte,  le public revienne chasser les fantômes des théâtres.

Antis

Texte de Perrine Gérard 
Mise en scène Julie Guichard

Durée : 1h45

Crédit Photo © Michel Cavalca

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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