Théâtre

Le Misanthrope de Molière mise en scène Louise Vignaud au TNP

Le Misanthrope de Molière mise en scène Louise Vignaud au TNP

23 janvier 2018 | PAR David Rofé-Sarfati

La pièce de Molière écrite en 1666 constitue un défi et un appel pour tout metteur en scène. Avant de monter en mars prochain Phédre de Sénéque à la Comédie francaise, la jeune Louise Vignaud relève le défi et, avec sa troupe, balise avec brio l’histoire de l’oeuvre. 

[rating=5]

Alceste hait l’humanité; il en dénonce l’hypocrisie. Mais Alceste aime Célimène. Il a en cela pour concurrent Oronte. À la fin de péripéties et de querelles, Alceste et Oronte demanderont à Célimène de choisir et découvriront que celle-ci joue avec le cœur de ses prétendus. Oronte décidera de partir tandis que resté seul avec elle, Alceste lui propose de l’épouser à condition qu’ils quittent ensemble la société des hommes qu’il ne supporte plus. Elle lui répond d’un rire moqueur et clair.

Tout Molière. 

La mise en scène de Louise Vignaud est innovante. L’intrigue démarre pleins feux. Le plateau meublé simplement d’un large podium et de quelques marches au milieu de quatre gradins est transformé en agora où le procès de Alceste le rêveur trangressif et de Céliméne la licencieuse se tiendront. Où également Alceste affrontera Oronte, où Alceste affrontera Céliméne. A la fin du premier acte, l’ambiance contemporaine est soutenue par une musique rock qui envahit l’espace, puis un lustre descend du plafond. Aux quatre coins des gradins, un siège est laissé vacant que les comédiens viennent parfois utiliser. Arsinoé est habillée en sorcière noire. Au troisième acte, Céliméne descend des cintres assise sur un trône de princesse. Les costumes magnifiques sont d’époques sans en signer la date. On l’aura compris : la mise en scène de Vignaud est courageuse et moderne. Cependant ni vidéo ni effets spéciaux, la scénographie reste dépouillée. La proposition ne se songe ni en un Misanthrope à la Tchekhov ni en un Alceste à Bicyclette. Louise Vignault aime le texte de Molière et l’honore avec respect. Sa pièce est aussi contemporaine que fidèle à l’esprit et à la plume de Molière et au ravissement de ses alexandrins. Elle y colle et en cela est un grand Misanthrope.

Une magnifique troupe.

Louise Vignaud a emmené avec elle une troupe admirable. Olivier Borle, Oronte résiste avec talent à la performance de l’Alceste, Joseph Bourillon est un joyeux Dubois, Pauline Coffre une (peut-être trop jolie pour le rôle!) Arsinoé fragile et attachante, Charlotte Fermand une parfaite Eliante en devenir, Clément Morinière un volontaire Philinte, Sébastien Mortamet et Ewen Crovella incarnent deux splendides marquis; chacun est au rendez-vous de son rôle exigeant. Sophie Engel adhère à son personnage complexe pluriel et évoluant. Elle est une Célimène exceptionnelle. Et puis il y a l’expérience Mickaël Pinelli.

Tout Alceste.

La pièce porte dans sa version manuscrite le sous-titre l’Atrabilaire amoureux, car elle parle de la mélancolie. Alceste est un mélancolique dans sa pente agressive et opiniâtre. De tout son coeur et de tout son corps il désire et ordonne d’avoir raison; il besognera à le prouver au monde quitte à tordre la réalité, quitte à se mettre en danger, quitte aussi à provoquer ce qu’il veut voir advenir. Aussi, il humiliera Oronte pour finir humilié lui-même et ainsi rendre raison à sa misanthropie. Alceste gesticule entreprend court disparaît puis revient; le personnage de Molière est un homme qui veut et qui acte, mais qui rate toujours. Louise Vignaud et le magnifique Mickael Pinelli attrapent le personnage dans ce ratage là. C’est brillant. Mickael Pinelli incarne un Alceste dans sa globalité et dans ses changements avec une grande finesse. Lentement son Alceste renonce au faux semblant et s’enfonce dans une rage mélancolique. Je veux qu’on soit sincère, et qu’en homme d’honneur, On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœurMickael Pinelli incarne tout autant et successivement la joie enfantine de celui qui croit influer sur les événements et la colère de moins en moins polie de celui qui méprise les autres avant ou aprés de se mépriser lui-même. Il est l’expérience de la pièce.

Un grand Alceste pour un grand Misanthrope. 

Le Misanthrope nous renvoie à un monde du paraître, où le regardé prévaut au dit, où la rhétorique embue le contenu. Autre point de vue,  le malheureux Alceste est obsédé par le regard de l’autre. S’il veut se retirer du monde, il le souhaite pour fuir le regard menaçant des autres, insincères.  La mise en scène en quadrifrontal illustre ce monde hypocrite en même temps qu’elle symbolise, parceque de chaque coté nous observons, ce qui encombre la pensée de Alceste, de celui qui ne parvient jamais longtemps à rester absent ou caché. Dans une figure scénographique à double face, le public devient, c’est le génie de Louise Vignaud, motif de mise en scène. Ainsi, durant 1h50 bien vite passé, les alexandrins nous traversent dans un beau geste de théâtre.

avec Olivier Borle, Joseph Bourillon, Pauline Coffre, Ewen Crovella, Sophie Engel, Charlotte Fermand, Clément Morinière, Sébastien Mortamet, Mickaël Pinelli

dramaturgie Pauline Noblecourt
scénographie Irène Vignaud
costumes Cindy Lombardi
son Lola Etieve
lumières Luc Michel
assistanat à la mise en scène Hugo Roux

Crédit Photos  Lorenzo Chiandotto

Infos pratiques

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