Théâtre

En Acte(s) à Lyon, un festival définitivement indispensable.

En Acte(s) à Lyon, un festival définitivement indispensable.

21 octobre 2019 | PAR David Rofé-Sarfati

Des textes, des textes, encore des textes. Le festival en Acte(s) est un festival d’écritures contemporaines unique. L’édition 2019 s’est terminé par un bilan enthousiasmant.

Crée en octobre 2014 sous forme d’une édition mensuelle, transformée en une session annuelle en 2017, le festival voulu par Julie Guichard et Maxime Mansion, en partenariat avec la SCAD, les tréteaux de France, le TNP de Villeurbanne et l’Ensatt affirme cette année encore sa singularité avec des propositions exclusives. Les principes de la programmation se sont inventées selon l’idée que les auteurs de théâtre ont besoin d’un espace d’accueil qui leur soit adapté. Le dispositif imaginé par les créateurs du festival énonce la primauté de l’auteur sur le metteur en scène et le comédien, de l’auteur avant même le texte. Ainsi par un pari risqué le festival remet la programmation entre les mains d’auteurs de théâtre pour des textes à écrire. Chaque texte est écrit sous trois mois et donne lieu à douze jours de répétition en vue de deux dates de représentation. Un metteur en scène s’adjoindra au cours du work in process soutenir le projet. Le festival ajoute ainsi une autre vertu, celle de faire advenir des rencontres nouvelles, des synergies imprévues.

Cette année du 8 au 19 Octobre  9 auteurs, 9 metteurs en scène ont participé pour 9 créations inédites en écho avec l’actualité. Les attentes curieuses du public ont été récompensées. Avant chaque  représentation Julie Guichard et Maxime Mansion, bord plateau, beaux et passionnés, franciscains de leur propre vénération pour le théâtre de texte rappellent la doctrine: Un auteur + un metteur en scène + cinq comédiens maximum + une grande estrade pour seul plateau et aucune régie son et lumière. 

Nous avons découvert entre autre le travail de la réunionnaise Marie Birot et du canadien Martin Bellemare

Roberto Ivre  

Marie Birot se consacre à l’écriture, à la mise en scène et à l’éducation artistique. Elle  pose un regard amusé et aiguisé sur notre époque. Son travail renouvelle l’esprit de Jean-Michel Ribes ou de Pierre Desproges. Pour le festival, Marie Birot a écrit Roberto Ivre, l’histoire de deux personnages qui trouvent peu de succès auprès de leur famille, du commerçant du coin ou encore du garde-barrière de la langue française. Ils sont des presque exclus. Leurs pérégrinations consistent en une traversée de notre société et de sa trompeuse normalité. La pièce est efficace par son texte précis. Marie Birot nous emmène très loin dans le délire des comportements et des affects. Son sens du rythme l’autorise à construire sur le temps long. Roberto Ivre est un puzzle où les fragments, sketchs hilarants ou ellipses allusives, échafaudent un ensemble captivant au fur et à mesure de la pièce.  Notre expérience de spectateur réside dans un patchwork de drôleries et de moments de grâce. Cette écriture mosaïque signe une plume solide et admirable. 

 

Extraordinaire et mystérieux 

Martin Bellemare est issu de l’École nationale de théâtre du Canada. Il reçoit le Prix Gratien-Gélinas pour Le Chant de Georges Boivin, obtient l’Aide à la création d’Artcena pour Charlie et le djingpouite, La Liberté.  Il a imaginé pour le festival un spectacle jeune public inspiré de l’affaire réelle des soeurs Pollock et de celle de James Lenninger.  La famille de John et Florence Pollock ont deux jeunes filles Joanna et Jacqueline. Le 7 mai 1957, une tragédie frappe les sœurs Pollock, alors qu’elles se rendaient à l’église. Elles sont percutées par une voiture conduite par une femme suicidaire. La mère tombe en dépression. Le père, John, très religieux, vit dans l’espoir que ses filles reviennent. Florence tombera à nouveau enceinte et donnera naissance à des jumelles. Or les jumelles présentent des souvenirs étranges. De plus, une marque de naissance sur l’œil droit de Jennifer ressemble étrangement à une cicatrice que Jacqueline avait eue au même endroit, de même qu’une marque de naissance ronde sur sa taille. Le cas des jumelles Pollock a été présenté comme l’une des preuves de réincarnation.  Un psychologue, Ian Stevenson, qui étudiât ce cas a conclu que cette affaire dépassait l’explication rationnelle. Autre cas, James Lenninger est un garçon américain. Dès 2 ans il étonne et dérange par son comportement et ses cauchemars. Après des années d’interrogations et de recherches, ses parents arrivent à cette conclusion : il est la réincarnation d’un pilote de chasse de la Seconde Guerre mondiale… 

Nous savons par le freudisme qu’il s’agit de ce merveilleux à la lisière de l’occultisme que produisent parfois les inconscients qui communiquent. Martin Bellemare brasse ce merveilleux dans un texte cadencé aux scansions efficaces restituées parfaitement par les comédiens et par Christian Taponard, le metteur en scène. L’enchevêtrement des deux histoires et des différentes périodes signe la richesse de la plume de l’auteur qui obtient son effet : émerveiller les enfants et les adultes par une histoire à la frontière du réel. 

Ces deux propositions parmi les neufs programmées apportent définitivement la preuve s’il en est encore besoin de l’intérêt du festival et de son essentiel mission dans la  création dramatique.

 

En acte(s) – Festival des écritures contemporaines

DIRECTION ARTISTIQUE JULIE GUICHARD ET MAXIME MANSION

DU 8 AU 19 OCTOBRE 2019 | NTH8 | LYON

Crédits Photos ©Joran Juvin

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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