Théâtre

Amerika de Kafka au Lucernaire

21 janvier 2009 | PAR Annabel

Le roman Amerika de Franz Kafka a été adapté au théâtre. Il se joue jusqu’au 21 février au Lucernaire. Une pièce à voir de toute urgence tant elle est saisissante et légère à la fois. Ou comment Kafka s’est inspiré du Candide de Voltaire et de Buster Keaton.

Franz Kafka aura réussi à nous faire rire avec l’un de ses romans inachevés, que son ami, Max Brod, a intitulé Amerika. Pourtant troisième tome d’une trilogie de la solitude (après Le Procès et Le Château), on aurait pu s’attendre à un nouveau roman noir. Connu pour son penchant naturel vers les sombres fantasmes, Kafka décidait vers la fin de sa vie de nous offrir avec Amerika ou La Disparition, une version burlesque de la quête de soi.
Karl Rossman a 16 ans quand il débarque à New-York, ses parents l’ayant envoyé Outre-Atlantique, suite à la malveillance d’une bonne qui l’aurait « forcé » à la féconder. La brume qui se dégage dans le théâtre à la première scène nous plonge directement dans l’univers froid et distant du Nouveau Monde du début du XXe siècle. La statue de la liberté tient en main une épée au lieu de son flambeau. Le personnage frêle de Karl (K comme Kafka) semble perdu et pose quantité de questions qui resteront sans réponse. Les acteurs qui l’entourent sont les faire-valoirs de son angoisse. Son oncle arrive et déjà les sourires pointent à l’horizon. On sent que l’humour va l’emporter sur le tragique. A partir de là, Karl sera à la recherche successive d’un père, d’un boulot, de l’amour et de l’amitié. Il faut vraiment très peu de temps aux spectateurs pour se sentir totalement investis dans cette aventure et cette quête multiple, tant les acteurs de cette pièce ont une capacité naturelle à nous installer dans l’univers kafkaïen.

Les six comédiens affublés d’une rythmique et d’une précision quasi-parfaites, incarnent parfois jusqu’à sept personnages chacun. Une performance qui ne lasse pas d’étonner quand chacun des personnages se tient et s’anime distinctement les uns des autres. Chapeau bas à ces six acteurs, qui ont probablement travaillé très dur pour obtenir ce résultat d’une justesse édifiante.

La mise en scène est également très élaborée. On sent le Candide de Voltaire très proche de Karl Rossman. D’ailleurs le metteur en scène, Vincent Colin, s’en réclame. S’il a privilégié l’humour au détriment du tragique, cela n’empêche pas le propos parfois noir et amer de transparaître. C’est probablement cela qui fait la force de cette pièce, ce paradoxe entre le propos et la mise en scène. On sourit quand on voit Karl groom dans un grand hôtel qui n’arrive pas à dormir dans la remise qui lui sert de chambre. On rit quand on le voit embrigadé par des brigands. On se mord les lèvres quand on le voit conspué et licencié par le gérant du grand hôtel.
Le décor est aussi très réussi. Les lumières également. Un petit coup de cœur pour deux personnages, le gérant de l’Hôtel Occidental joué par Olivier Broda qui est un régal et le concierge en chef du même hôtel incarné par Philippe Blancher.

Amerika d’après Franz Kafka. au théâtre du Lucernaire Du 7 janvier au 8 mars 2009, du mardi au samedi à 18h30, le dimanche à 17h. Pour réserver : 01 45 44 57 34
Adaptation et mise en scène : Vincent Colin. Avec : Roc-Antoine Albaladéjo, Philippe Blancher, Olivier Broda, Cédric Joulie, Isabelle Kérisit et Anne-Laure Pons.

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Annabel

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