Théâtre

Alpenstock, ou le devenir drolatique d’une petite maison dans la montagne

24 mai 2010 | PAR Yaël Hirsch

Jusqu’au 26 juin, la Compagnie Volens/ Nolens  donne vie au texte décalé de Rémi De Vos (« Débrayage », « André le magnifique »…) au Lucernaire. Une comédie grinçante sur la pureté perdue d’un couple très patriote formé par deux autrichiens des alpes…

Fritz et Grete sont un couple modèle : le jour Fritz travaille et compte en  fonctionnaire passionné, tandis-que que Grete brique leur maison de fond en comble… en rêvant que son mariage ressemble un peu à « Sissi », Fritz étant son Curt Jürgens et elle, bien sûr, Romy Schneider. Le soir, les époux se retrouvent autour d’un repas concocté par Grete. Et Fritz éduque en Pygmalion sa femme « simple et qui sait le rendre heureux » en partageant avec elle son sens des valeurs autrichienne. Mais dès le début de la pièce, l’idylle prend du plomb dans l’aile à cause de la naïveté de Grete. Par excès de sens pratiques, celle-ci est allée acheter du détergent au « marché cosmopolite », le plus proche de chez eux. Le sens des valeurs locales de Fritz est perturbé par cet acte. Et de graves conséquenecs s’ensuivent puisqu’au marché, Grete a été repérée par un joli coeur balkano-carpatho-transylvanien : Yosip Karageorgevicth Assanachu. Celui-ci vient la draguer (et la violer avce son consentement) jusque chez elle, alors qu’en bon citoyen, Fritz est allé rejoindre la parade locale, habillé en bermuda de cuir…

Avec une table, deux chaises, un scotch marquant les limites de la maison, un pan de mur, et surtout trois excellents comédiens, David Lejard-Ruffet fait des miracles de mise en scène. Doublant parfaitement les répétitions du texte dans leurs gestes, les comédiens en habits folkloriques parviennent à  faire pleurer de rire leur public. Et aussi à le mettre mal à l’aise ! Si la litanie inaugurale de Grete faisant le ménage efferaie  -on s e demande jusqu’où l’expérience de la répétition va être poussé – le rythme s’emballe dès l’arrivée de Fritz. Cru sans être grossier, et subtil dans ses variations, le texte semble tirer de grosses ficelles pour mieux ancrer une réflexion finalement très philsophique sur les dérives de la lutte pour la conservation de la pureté. Et la fable domestique se transforme vite en boucherie raciste… Parfaite en mignonne crétine des alpes, Charlotte Petitat habite la scène d’un bout à l’autre de la pièce. A ses côtés Antoine Rosenfeld joue tout en sobriété son personnage de proto-nazi moralisateur, tandis-que Pierre-Etienne Royer incarne un étranger cliché et interchangeable, tout à fait séduisant. Inventive, drôle, et bâtie autour d’un grand texte, cette mise en scène d’Alpenstock ravira les amateurs de Thomas Bernhardt, les  fans d’humour décalé, et tous ceux qui aiment réfléchir et se laisser surprendre.

« Alpenstock », de Rémi de Vos, mise en scènede David Lejard-Ruffet, avec Charlotte Petitat, Antoine Rosenfeld et Pierre-Etienne Royer, juqu’au 26 juin, mar-sam 20h, dim 17h jusqu’au 13 juin, Théâtre du Lucernaire, salle rouge, 53 rue Notre-Dame des Champs, paris 6e, m° Vavin, 10 à 30 euros. Réservation ici ou au 0142222650.

« Fritz– Il faut sans cesse revenir à la pureté, Grete. la pureté ets le trésor qu’il faut préserver contre les tentatives de la souillure. Le monde est une pubelle où les saletés se mélangent sans aucun discernement. les saletés se mélangent sans retenue et proposent à la fin un odeur indéchiffrable… Alors qu’il suffirait qu’une saine organisation hygiéniste mondialement régulatrice distribue de solides sacs en plastique afin de maintenir ensembel ce qui doit l’être et isoler les éléments contre-nature pour disposer d’un environnement écologiste totalement satisfaisant et que la poubelle reste immaculée. Ach, j’ai fait un rêve, Grete! »

 

 

© Volens / Nolens

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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