Théâtre

A Paris, la rentrée théâtrale est allemande

A Paris, la rentrée théâtrale est allemande

28 août 2012 | PAR Christophe Candoni

A l’heure du « Tandem Paris-Berlin » organisé à l’occasion des 25 ans d’amitié entre les villes de Paris et de Berlin, la rentrée théâtrale qui vient sera l’occasion de découvrir quelques grands spectacles très prometteurs en langue allemande invités notamment par le Festival d’automne à se produire dans la capitale et en banlieue proche.

C’est un évènement très attendu lors de cette rentrée théâtrale, Luc Bondy ouvrira son mandat au Théâtre de l’Odéon le soir du 12 septembre avec la dernière pièce de son ami Peter Handke, auteur contemporain majeur, peu joué en France depuis la polémique qui avait débouchée sur l’annulation de son entrée au répertoire de la Comédie-Française. Luc Bondy présentera « Die Schönen Tage von Aranjuez » créé au Burgtheater en mai dernier dans le cadre des Wiener Festwochen qu’il continue de diriger. Deux acteurs allemands exceptionnels, Dörte Lyssewski et Jens Harzer seront les deux personnages de la pièce, un homme et une femme qui échangent, devisent, se confessent, s’interrogent avec légèreté, suggestion et profondeur sur le thème universel de l’amour.

Deux soirées plus tard, c’est à Berthier et avant Berlin que Christoph Marthaler donnera à voir sa vision de la descente aux enfers d’Elisabeth, l’anti-héroïne de la pièce « Glaube, Liebe, Hoffnung » de Horvath. Le texte datée de 1932 et interdit l’année suivante par les nazis traite du travail et de l’inégalité, de la misère liée à la crise économique, autant de thèmes qui trouveront forcément, sous la malice et l’acuité du metteur en scène suisse, des résonances avec notre réalité d’aujourd’hui.

Le lendemain, 15 septembre, au T2G, on découvrira le spectacle « Ich schau dir in die Augen, gesellschaflicher Verblendungszusammenhang ! », une production qui a vu le jour en 2010 à la Volksbühne am Rosa Luxemburg Platz où René Pollesch, l’une des figures les plus atypiques et radicales du théâtre allemand, est metteur en scène associé aux côtés de son directeur Frank Castorf. Avec ce curieux spectacle qui est à la fois théâtral, musical et performatif et porté incroyablement par son interprète Fabian Hinrichs (photo), René Pollesch, invité pour la première fois par le Théâtre de Gennevilliers et Festival d’Automne, fera ses débuts en France, pays pour lequel son goût et sa curiosité semblent se porter puisque ce même 15 septembre aura lieu à Berlin la première de sa mise en scène du « Don Juan » de Molière.

Plus jeune, Christophe Pellet est un dramaturge né à Toulon en 1963 qui, dégouté du théâtre français et de sa médiocrité, a vite fait de fuir pour s’installer en Allemagne, y vivre et travailler dans un air plus stimulant et prompt à la création. Au théâtre des abbesses, Jacques Lassalle monte un de ses textes intitulé « Loin de corpus Christi » dans lequel il retrace le temps de la guerre froide dans les milieux du cinéma aux USA et en Allemagne de l’Est. Voyant un film américain des années 40, Anne tombe amoureuse du jeune premier, au point de vouloir tout connaître de lui, de son époque. D’où une enquête qui va du maccarthysme aux archives de la Stasi en passant par la chute du mur de Berlin.

Enfin, l’alliance entre le Berliner ensemble et le Théâtre de la ville semble durable et espérons-le encore pour longtemps, après L’Opéra de quat’sous et Richard II en 2009, Lulu, puis Simplement compliqué la saison dernière, revoici à Paris cette troupe mythique. Elle se produit cette fois avec une pièce de son fondateur Bertolt Brecht, « La Résistible Ascension d’Arturo Ui » écrite en pleine montée du nazisme alors qu’il vit lui-même en exil aux Etats-Unis. Seize ans après sa création à Berlin, elle sera donnée dans la mise en scène de Heiner Müller, sa dernière puisqu’il est disparu en 1995.

Arturo Ui sera interprété par Martin Wuttke, acteur emblématique du Berliner Ensemble qu’on retrouvera dans une autre production, « Artaud se souvient d’Hitler et du Romanische Café », présenté au mois de novembre au Théâtre du Rond-Point, toujours dans le cadre du festival d’automne.

Voir aussi Des classiques et des stars font la rentrée théâtrale

 

Crédit photo © Thomas Aurin

Des classiques et des stars font la rentrée théâtrale
Chaos brûlant, les éclairages ultra-lucides de Stéphane Zagdanski sur l’affaire DSK
Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III).Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

One thought on “A Paris, la rentrée théâtrale est allemande”

Commentaire(s)

    Publier un commentaire

    Votre adresse email ne sera pas publiée.

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *