Théâtre

Wajdi Mouawad à Chaillot : « Seuls » et multiple

Wajdi Mouawad à Chaillot : « Seuls » et multiple

21 mars 2013 | PAR Christophe Candoni

Wajdi Mouawad reprend à Chaillot son spectacle « Seuls » créé en 2008. Au centre d’une œuvre composite faisant autant appel à une écriture textuelle forte qu’aux éléments plastiques et performatifs que sont la peinture et la vidéo, l’auteur, metteur en scène et comédien livre une parole monologuée très personnelle empreinte d’interrogations identitaires où se tissent les fils de la mémoire et de l’origine transcendées et résolues par la création artistique.

Habitué des représentations fleuves dans lesquelles le nombre fait la force et praticien d’un théâtre qui sous son impulsion s’est redécouvert épique – ce fut le cas dans la célèbre trilogie réunissant Littoral (1998), Incendies (2002) et Forêts (2005) -, c’est pourtant en solo que Wajdi Mouawad prend le plateau dans un spectacle intitulé « Seuls » au pluriel. Dans cette pièce conçue comme un rendez-vous avec lui-même, il se dévoile intimement et corporellement à travers le personnage d’Herwan qu’il incarne, raconte l’histoire qui est la sienne entremêlée d’autres évènements fictionnels, et convoque à dessein les multiples bouts de lui : le doctorant de trente ans passés à l’Université de Québec aussi passionné qu’embarrassé au moment de conclure sa thèse sur le génial Robert Lepage, le jeune homme fidèle mais parfois coupable dans ses relations familiales complexes, l’exilé libanais qui n’a pas connu la guerre mais a fui son pays pour se trouver sous la neige frigorifiante du canada, l’artiste en devenir… La vidéo insiste sur ces effets de multiplicité du moi. Un double sort du corps de l’interprète grâce à un jeu de projection sur le mur du décor et l’accompagne durant le spectacle. Qui sommes-nous ? Qui croyons-nous être ? se demande et nous demande Mouawad, à la fois tendre, drôle et douloureux, confronté aux petits et grands ratages de la vie et à la perte de l’enchantement dans le parcours qu’il retrace sur scène avant de trouver comme résolution à sa quête une rage créatrice qui s’empare de lui.

Une inventivité formelle, une belle énergie et un certain courage se déploient tout au long du spectacle mais font aussi défaut dans une dernière partie impossible, surchargée, excessivement spectaculaire pour un rendu moindre. C’est surtout une forme d’honnêteté, de sensibilité et de générosité qui frappe chez Mouawad et fait de son théâtre un théâtre fédérateur et fervent qui n’empêche pas quelques maladresses mais qui est à l’image de son créateur et interprète. Mouawad est un acteur pas toujours convaincant, mais il a un univers, des aspirations et inspirations étonnantes. C’est ainsi qu’il s’expose et se livre, un homme, un artiste, singulier et multiple.

Crédits : Thibaut Baron
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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III).Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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