Théâtre
«Instants critiques» : un beau moment de théâtre et de cinéma

«Instants critiques» : un beau moment de théâtre et de cinéma

21 octobre 2011 | PAR Laetitia Le Moine

Jusqu’au 23 octobre sur la scène du théâtre 71, le comédien et scénariste François Morel présente «Instants critiques», une adaptation de l’émission radiophonique « Le masque et la plume » diffusée sur France Inter dès les années 1960. Rendez-vous incontournable pour plusieurs générations de cinéphiles, elle fut le théâtre de grands débats et le témoin de son époque. Comme un hommage qui lui est rendu, François Morel met en scène ses deux compères des Deschiens, Olivier Broche et Olivier Saladin, qui incarnent avec talent le mythique duo Bory-Charensol. A leur côté, l’artiste Lucrèce Sassella réalise une performance musicale de toute beauté et apporte une note de légèreté face au poids des mots.

François Morel redonne vie et âme à une vieille salle de cinéma des années 60-70 (avec les célèbres strapontins en skaï), ici théâtre des affrontements d’idées entre ces deux grands critiques, exagérément et faussement partagés entre «cinéma littéraire» et «cinéma populaire». Chacun d’eux s’engage avec force et conviction, habitant leurs discours jusqu’à l’essoufflement et défendant leur point de vue avec hargne. Mais leurs propos, si construits et argumentés soient-ils, témoignent avant tout de la vive émotion qui les anime. Car le cinéma, c’est aussi une histoire de passion. On se plaît à suivre leurs tergiversations, leurs divagations et leurs débats animés, on s’amuse de leur mauvaise foi, de leurs mimiques et de leurs taquineries, enfin on se délecte de leurs disputes «amicales» et de leurs écarts (raisonnés) de langage…

Le cinéma dont ils parlent avec véhémence, obstination, admiration, réserve, et tendresse est aujourd’hui celui de nos classiques. Les cinéastes de la Nouvelle Vague, de Jean-Luc Godard à François Truffaut en passant par Eric Rohmer et Jacques Demy, sont fantasmés, adulés, décriés autant que leurs films qui n’échappent pas à la critique. Egratignés avec humour, Le Parrain devient ces trois longues heures de tueries et d’hécatombes («il ne s’agit pas de crottes de bique, mais de bouses de Mammouth» d’après Bory) tandis que d’autres, encensés et vénérés à l’image de Cris et chuchotements d’Ingmar Bergman, touchent au «sublime» et au «sacré».

Si tous les amateurs de théâtre pourront se réjouir de la mise en scène vivante et décalée, ponctuée par des interludes musicaux (mélodies des parapluies de Cherbourg, une belle fille comme moi…) et dansés (le pas de trois de Bande à part) savoureux, ainsi que de l’excellent jeu des comédiens Broche et Saladin, certains pourraient pourtant se sentir vite déroutés. S’adressant à un public de cinéphiles avertis, la pièce manque en effet parfois de rallier à ses discours son public de néophytes. Car aucun extrait vidéo ne vient éclairer les jugements portés par les deux critiques, et rares sont les occasions où le synopsis du film est évoqué. Pas toujours aisé, donc, de saisir la subtilité des remarques sur un film quand celui-ci nous est inconnu. Ainsi, et sans parler d’«élitisme» car la pièce fait rire au-delà des références dont elle traite, des films qu’elle aborde et s’apprécie en tant que telle, celle-ci semble malgré tout réservée à un public d’initiés.

 

 

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Laetitia Le Moine

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